L’euthanasie toujours en débat

Comme il l’a indiqué hier dans le journal de TF1, Nicolas Sarkozy est désormais candidat à l’élection présidentielle, une annonce qui fait la "une" de l’ensemble des quotidiens. En attendant l’analyse comparée des différents programmes, une question de société divise déjà le candidat socialiste et celui de l’UMP. Il s’agit de celle relative à la fin de vie. Comme l’indique Le Monde (page 11), alors que "François Hollande a inscrit une évolution de la loi à son programme, Nicolas Sarkozy s’y oppose".

Au-delà du monde politique, poursuit Le Figaro (page 11), l’euthanasie soulève des tensions "dans un climat toujours aussi électrique". Et le rapport rendu public hier par l’Observatoire national de fin de vie n’aura pas d’effet apaisant.

Sa publication a suscité une double démission au sein de cette instance, dont celle de Marie de Hennezel. Pour cette psychologue, rapporte La Croix (page 7), ce document "ne fait que compiler des études, alors qu’il aurait fallu se rendre sur le terrain" pour savoir où sont les blocages dans l’application de la loi Leonetti. En forme de réponse, Régis Aubry fait valoir que l’Observatoire, dont il assure la présidence, n’a pas à se "positionner dans une posture partisane sur la question de l’euthanasie". Dans Le Figaro, ce chef du service des soins palliatifs du CHU de Besançon explique que le rapport est seulement "une première pierre pour nuancer les nombreuses idées reçues qui circulent sur la fin de vie".

Malgré les attentes et les insatisfactions, "le rapport mesure toutefois, et pour la première fois, les besoins en soins palliatifs", souligne Le Monde. On y apprend notamment que les deux tiers des personnes qui décèdent sont susceptibles de relever d’une prise en charge incluant des soins palliatifs, "soit 322 000 par an, dont la moitié sont atteintes d’un cancer". Or, actuellement, bien peu de patients en fin de vie bénéficient de tels soins.

A l’hôpital, par exemple, un tiers des mourants ont une prise en charge palliative, soit seulement la moitié de ceux qui en auraient besoin. Pour ce qui est des urgences, 64 % des personnes qui décèdent pourraient être soulagées. Seules 7 % le sont. Quant aux médecins libéraux, rapporte Libération, "seuls 2,6 % des généralistes ont été formés aux soins palliatifs". Ce manque de formation concerne également le personnel hospitalier, note le rapport. A l’hôpital, depuis la mise de place de la loi Leonetti en 2005, seulement 10 % des infirmières ont bénéficié de ce type d’enseignement.

A cette publication, ajoute Le Monde, est jointe une étude sur les absences de délivrance de soins palliatifs, également dénommées "obstinations déraisonnables". Ces acharnements thérapeutiques, que proscrit la loi Leonetti, sont "rares". Lorsqu’ils surviennent, ils semblent être davantage le fait des familles que celui des médecins.

De son côté, l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) considère ce rapport comme "un brûlot anti-euthanasie".

Hausse constante des IVG
"C’est un sujet dont tout le monde se fout, parce que cela concerne des jeunes filles démunies, et qu’il n’y a pas d’enjeu électoral." C’est le coup de colère d’Israël Nisand, auteur d’un rapport sur la sexualité des adolescents qui doit être remis aujourd’hui à la secrétaire d’Etat à la Jeunesse, Jeannette Bougrab.

L’un des constats du chef du service gynécologique du CHU de Strasbourg concerne les grossesses adolescentes. En 2010, indique-t-il, 4 500 grossesses ont été menées à terme, mais les interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont progressé. Cette même année, 13 500 IVG ont été pratiqués sur les 18 000 jeunes filles mineures enceintes, indiquent Les Echos (page 15). En 1990, on en comptait 8 776.

Dans le détail, et pour 2009, précise Libération (page 14), "les derniers chiffres font état de 11 939 IVG chez les 15-17 ans. S’y ajoutent les 17 693 IVG des 18-19 ans et les 52 360 IVG des 20-24 ans". Selon Jeannette Bougrab, les "enfants des milieux défavorisés sont les plus touchés" par ces interruptions de grossesse, signes d’un échec en matière de contraception.

Cette situation témoigne d’un "paradoxe du système de santé publique français", écrivent Les Echos ; alors que le recours à l’IVG et à la pilule du lendemain est gratuit et anonyme, la contraception est "non seulement payante, mais nécessite une autorisation parentale".

Par conséquent, le Pr Israël Nisand suggère dans un entretien accordé au Parisien/Aujourd’hui (page 6) de rendre l’accès à la contraception confidentiel et gratuit pour tous les mineurs, en particulier les préservatifs et la pilule. "Qu’on ne me dise pas que cela coûterait trop cher, déclare-t-il. Cela reviendrait, en gros, à 7 euros la contraception. L’Etat doit prendre ces 7 euros !" Pour rappel, ajoute Libération, une IVG coûte environ 500 euros…

Frédéric Lavignette