L’Igas prône la suppression des visiteurs médicaux et la réduction du nombre de médicaments disponibles

L'Inspection générale des affaires sociales (Igas) a remis hier son rapport sur "la gouvernance du système du médicament" au ministre de la Santé. Un rapport jugé corrosif par les quotidiens nationaux. Deux mesures retiennent particulièrement l'attention de la presse : la suppression des visiteurs médicaux et la réduction du nombre global de médicaments disponibles.

Une nouvelle fois, les quotidiens nationaux saluent unanimement le rapport de l'Inspection géné­rale des affaires sociales (Igas) sur "la gouvernance du système du médicament", remis hier au ministre de la Santé, suite à l'affaire du Mediator®. "Trai­tement de choc pour la surveillance des médicaments", titre Libération (page 11), qui qualifie ces propositions de "vraie révolution". Pour Le Figaro (page 11), "l'Igas dynamite tout le système actuel du médicament". "Pas de mesurettes, mais un véritable tremblement de terre", surenchérissent Les Echos (page 5). "C'est un rapport qui va faire réfléchir le gouvernement et affoler l'industrie pharmaceutique", ajoute le quotidien économique.

Deux mesures préconisées par l'Igas retiennent particulièrement l'attention des journaux : la suppression des visiteurs médicaux et la réduction du nombre global de médicaments disponibles. La première proposition vise à limiter l'influence des laboratoires pharmaceutiques sur les médecins prescripteurs : "La mission estime qu'il n'y a pas d'alternative à la suppression de la visite médicale comme les tentatives de régulation menées depuis quelques années l'ont montré." La proposition fait bondir les industriels du médicament, souligne Le Figaro. "Une suppression de la visite médicale est inconcevable, s'indigne Christian Lajoux, président du syndicat pharmaceutique le Leem. La France serait le seul pays au monde à s'en passer." Le gouvernement ira-t-il aussi loin ? On en saura plus demain jeudi, quand Xavier Bertrand présentera les grands axes de sa réforme du médicament. Le Figaro s'attend plutôt à une "refonte" du système des visiteurs médicaux, qu'il évalue à 18.000, contre 24.000 en 2004.

Les auteurs du rapport enchaînent sur un autre constat important : il y a trop de médicaments en France. "La pharmacopée française, notamment à la suite d'une forte dérive au cours de la décennie 2000, est surabondante. Il est temps de remédier à cette situation", peut-on lire dans leur texte. L'ensemble des médicaments actuellement en vente devrait être réévalué d'ici "un à deux ans" pour ne retenir que les produits "essentiels", rapportent Les Echos. Quand aux nouvelles molécules, elles devraient prouver leur "valeur ajoutée thérapeutique" par rapport aux traitements existants. L'Igas s'attend à une réforme "de longue ha­leine", car "cette modification des règles devra être obtenue par le gouvernement français au niveau européen".

Dépendance : un mois pour trancher
Les quatre groupes de travail sur la dépendance ont remis leurs rapports hier à la ministre des Solidarités. Le président de la République a désormais les cartes en main pour faire ses choix de réforme et de financement, même si les marges de manœuvre semblent minces et le calendrier serré. "Il y a plusieurs échéances dans la réforme (...), il y a des besoins immédiats d'urgence : le reste à charge élevé, en particulier en établissement, et même parfois à domicile, la situation difficile de certains départements (...) puis celle de certains services d'aide à domicile et de certains aidants", a notamment listé Roselyne Bachelot.

Parmi les pistes de financement écartées, elle a rappelé que l'assurance privée obligatoire – dénommée "schéma Axa" par Le Figaro-économie (page 20) – et la hausse générale de la cotisation sociale généralisée (CSG) ont été écartées par le Premier ministre. Retoqués aussi, "toute augmentation massive des cotisations d'assurance maladie", ainsi que le recours sur succession. En revanche, "la piste d'une taxation du patrimoine n'est pas fermée", notamment celle d'une taxe de 1% sur les mutations à titre gratuit, note le quotidien La Croix (page 10).

Parmi les "pistes ouvertes", la ministre des Solidarités a évoqué l'alignement du taux de CSG des retraités, mais aussi des professions libérales, sur celui des actifs, qui rapporterait 1,5 milliard d'euros. Quant à la journée de solidarité, elle pourrait engendrer 900 millions d'euros de recettes, si elle était étendue aux retraités et aux professions indépendantes. Une seconde journée, limitée aux salariés, rapporterait quant à elle 2,3 milliards d'euros, et 3,2 milliards si elle était doublée et étendue.

La ministre va "proposer plusieurs scénarios" à l'Elysée, qui devrait trancher vers la mi-juillet, selon Le Figaro-économie. Le même quotidien évoque la possibilité pour le président de la République de réserver une partie des mesures sur la dépendance pour la campagne des présidentielles de 2012. Toutefois, une partie de la réforme pourrait faire l'objet d'une loi séparée, avance le journaliste. Ce qui semble se confirmer par la décision du chef de l'Etat de convoquer le Parlement en session extraordinaire à compter du 1er juillet et jusqu'au 13 juillet. Pour la rentrée parlementaire, "l'Assemblée travaillera en commission, à partir du 15 septembre, sur le texte [de la réforme] de la dépendance", indique le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer.

John Sutton et Pascal Lelièvre