Jour de carence des fonctionnaires : grogne généralisée

Il fallait s'y attendre, l'annonce par le gouvernement de la suppression du jour de carence pour les arrêts maladie des fonctionnaires a suscité bon nombre de réactions hostiles. "Pour la droite, le patronat et une partie de l'opinion", indiquent Les Echos (page 3), cette me­sure est "à s'en rendre malade".

Venant de l'opposition, une telle réaction n'est pas surprenante puisque "François Hollande n'en finit plus de défaire ce que Nicolas Sarkozy a fait", commente Le Figaro (pages 18 et 19). Le premier à avoir "dégainé", selon l'expression des Echos, est l'ancien ministre de la Fonction publique, François Sauvadet, initiateur de ce dispositif sous le gouvernement de François Fillon.

Selon lui, rapportent Les Echos, cette décision relève d'une "démagogie sans nom" et adresse un "mauvais signal". Et de contester dans la foulée "l'argument de l'inefficacité de la mesure pour lutter contre l'absentéisme avancé par l'exécutif".

Dans le même sens, la Fédération hospitalière de France (FHF) déplore de son côté une "décision incompréhensible". Une étude de la direction de l'Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques (Dares) démontre pourtant que l'absentéisme dans le public n'est pas plus élevé que dans le privé. Au cours d'une semaine de référence sur la pé­riode 2003-2011, écrivent par exemple Les Echos, 3,9% des fonctionnaires ont connu une absence d'au moins une heure pour des raisons de santé ou pour la garde d'un enfant malade. Or, souligne la Dares, "le taux est presque le même (3,6%) parmi les salariés du privé en CDI".

Du côté du Medef, c'est aussi l'irritation qui prévaut. Pour sa présidente, Laurence Parisot, "cette décision n'est pas raisonnable du tout et coûte cher. La France est ”addict” à la dépense publique, il faut qu'on sorte de cette logique".

Mesure coûteuse ? A en croire Le Pari­sien/Aujourd'hui (page 6), la fin de la journée de carence ne l'est pas tant que ça : "200 millions d'euros au maximum pour toute la Fonction publique, dont 60 à 80 millions pour le budget de l'Etat."

Pour le gouvernement, ce rétablissement est en tout cas moins coûteux qu'une réévaluation des salaires, re­marque le quotidien. Les agents de l'Etat souhaitaient en effet une augmentation de leur point d'indice. Ils avaient manifesté le 31 janvier dans ce sens et projettent de réitérer leur action prochainement. Or, "cette hausse, l'Elysée, surveillé de très près par Bruxelles, ne l'envisage pas, au nom du sérieux budgétaire".

Pour leur part, les syndicats des fonctionnaires se déclarent "satisfaits mais sans plus" par la suppression de ce jour de carence. Pour l'une de leurs représentants, "un Carambar ne fait pas le repas du soir !". Les syndicats misent donc sur les négociations sur les carrières et les rémunérations qui commencent le 12 mars pour en obtenir davantage.

La grippe 2013 sera coûteuse
Jamais, depuis trente ans, une épidémie de grippe n'a été aussi longue. Depuis neuf semaines, ce sont près de 2,8 millions de patients qui ont consulté leur médecin pour un état grippal, et cela peut encore durer : le pic épidémique qui survient généralement au bout de trois ou quatre semaines, semble en effet ne pas encore avoir été atteint.

Cette année, l'impact de la grippe sur les dépenses de la Sécurité sociale risque donc d'être très fort, indiquent Les Echos (page 4), d'autant que l'épidémie est toujours très virulente en février. "Pour le seul mois de janvier, l'assurance maladie évalue la facture à quelque 40 millions d'euros." Ce sont essentiellement des remboursements de consultations de médecin, de médicaments ainsi que des indemnités journalières d'arrêts maladie.

Ce mois-ci, et plus particulièrement de la semaine dernière, l'Institut de veille sanitaire (InVS) a recensé 990 cas pour 100.000 habitants, "une inci­dence nettement plus élevée que lors des pics des hivers précédents", note le quotidien. Même si toutes les régions sont concernées, le Nord-Pas-de-Calais, la Cham­pagne-Ardenne, la Corse, le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées sont particulièrement atteintes par l'épidémie.

Pour les cas les plus graves, les coûts d'hospitalisation viendront s'ajouter à la facture au même titre que les dépenses liées aux épidémies de bronchiolite et de gastro-entérite, qui ont été particulièrement sévères cette année. Rien que pour la semaine dernière, l'InVS a relevé 2.500 passages aux urgences, qui ont donné lieu à 200 hospitalisations.

Frédéric Lavignette