croix

Veuillez effectuer une recherche.

Veuillez effectuer une recherche.

Honoraires : des médecins en colère

"La continuité des soins sera assurée, et les cas urgents orientés vers l'hôpital pu­blic. Pour le reste, nous appelons à l'arrêt des consultations et à la déprogrammation des interventions." Par la voix de son président, Philippe Cuq, l'Union des chirurgiens de France (UCDF) annonce ainsi le programme qu'elle compte mener dès aujourd'hui à l'occasion de la mobilisation des "blouses blanches" contre l'accord sur les dépassements d'honoraires signé fin octobre.

A compter de ce lundi, expliquent Les Echos (page 3), plusieurs syndicats appellent en effet à des arrêts de travail dans les cliniques, en particulier sur Paris et la région lyonnaise. Le "point d'orgue" est notamment attendu mercredi, prévient Le Parisien/Aujourd'hui, avec une manifestation nationale prévue dans la capitale.
Selon Le Figaro (pages 22 et 23), la grogne va des généralistes de campagne jusqu'aux chirurgiens esthétiques de la Côte d'Azur, en embrassant tous les corps de spécialistes : chirurgiens, cardiologues et "coordinations hétéroclites constituées pour l'occasion". Initialement, c'est le Bloc, le syndicat des chirurgiens, qui a donné le signal du départ au mouvement en déposant un préavis de grève illimité. Désormais, complète Le Parisien/Au­jourd'hui, "pas moins de 25 syndicats et organisations" comptent manifester leur mécontentement à l'égard du gouvernement.

Difficile cependant de "faire le lien entre eux, tant leurs revendications sont hétéroclites", observe Le Monde (page 8), pour qui ce mouvement "ré­vèle un malaise plus ancré, qui ne date pas du changement de majorité". Pour commencer, écrit le quotidien, "les chirurgiens du Bloc n'admettent pas que dans le préambule de l'accord sur les dépassements d'honoraires signé par d'autres syndicats, un seuil de tarif excessif (2,5 fois la base de la Sécu) ait été noté".

Pour Michel Broutin par exemple, médecin de chirurgie digestive à Neuilly-sur-Seine interrogé par Le Pari­sien/Au­jourd'hui, le "complément" d'honoraires est nécessaire, car il permet de faire face aux frais qui ont explosé, "particulièrement les tarifs d'assurance responsabilité". C'est pour cela qu'il lui arrive de facturer des actes techniques "jusqu'à 600% du tarif Sécu". Mais, précise-t-il, "c'est quand j'ai affaire à une personne bien assurée dont je sais que la situation est confortable".

Au même titre que les généralistes, les chirurgiens réclament une réévaluation de leur situation, c'est-à-dire, explique Le Monde, "rien de moins que la signature d'un accord spécifique et une hausse de 25% de leurs actes". Une de­mande inimaginable "dans la période difficile actuelle", laisse entendre la ministre de la Santé, Marisol Touraine, dans un entretien au Parisien/Aujourd'hui.

Du côté des internes, "la liste des revendications est longue aussi", ajoute Le Monde. Pour leur part, "ils s'en prennent à l'atteinte à la liberté de tarif que constitue selon eux l'accord et s'enflamment contre une hypothétique atteinte à leur liberté d'installation". De surcroît, ils réclament une amélioration des conditions de travail et souhaitent être invités aux négociations qui se tiendront à l'avenir.

En focalisant le regard du public sur les dépassements d'honoraires, beaucoup accusent également "le gouvernement de s'être attaché à casser le lien sacré avec les patients", rapporte Le Figaro en citant l'Union française pour une médecine libre (UFML), une coordination issue du mouvement baptisé "les médecins ne sont pas des pigeons".

Cette grogne contre l'exécutif ne fait toutefois pas l'unanimité de la profession, remarque Le Monde. En effet, MG France, CSMF et SML, qui ont signé l'accord, sont les organisations syndicales majoritaires dans la profession. Et "vue la crise", estime même Michel Chassang, le président de la CSMF, "ce mouvement est décalé".

Frédéric Lavignette