HPST : la liberté d’installation des médecins suscite de vifs débats

"A la campagne, il vaut mieux, aujourd'hui, être une vache qu'un homme", a dénoncé crûment hier le député UMP Pierre Morel-A-L'Huissier, au sujet du manque de médecins dans les zones rurales, abordé dans le projet de loi HPST, note Le Monde (page 8). "Médecins : la droite trouve un compromis", titre Le Figaro-économie (page 18) à propos de l'amendement UMP, voté cette nuit, qui maintient la liberté d'installation des médecins, tout en évaluant leur répartition sur le territoire dans les prochaines années. La gauche, elle, souhaitait "des actions plus contraignantes".

Avant que cet amendement ne soit voté, Jean-Pierre Davant rappelait les positions de la Mutualité française en faveur de l'accès aux soins pour tous. Dans le quotidien régional Sud-Ouest d'aujourd'hui, il souligne que "notre système de soins est financé pour l'essentiel par la solidarité nationale et les complémentaires santé, ce qui permet à l'ensemble des professionnels de santé des revenus stables et pérennes". Des avantages qui impliquent des devoirs. "La santé de tous nos concitoyens doit prévaloir sur les seuls intérêts corporatistes, estime le président de la Mutualité française. Celles et ceux qui résident en Picardie, en Normandie, en Champagne-Ardenne, en Bourgogne ou en Auvergne, contribuent de la même manière que ceux qui habitent la Côte d'Azur ou l'Ile-de-France. Il n'y a aucune raison qu'ils continuent d'être pénalisés."

L'amendement sur les déserts médicaux du député de l'Yonne, Jean-Marie Rolland (UMP) et rapporteur du projet de loi HPST, prévoit une évaluation des schémas régionaux d'organisation des soins (SROS), trois ans après leur mise en oeuvre. "Si cette évaluation fait apparaître que les besoins" en médecins "ne sont pas satisfaits", "le directeur régional de l'ARS peut (...) proposer aux médecins exerçant dans les zones" où l'offre de soins est élevée, "un contrat de solidarité par lequel ils s'engagent à contribuer à répondre aux besoins de santé de la population" des zones moins bien pourvues. Les médecins récalcitrants seront passibles d'une "contribution forfaitaire annuelle", ajoute l'amendement. Selon Le Figaro-économie, cette "amende" pourrait s'élèvera à 2 859 euros, soit l'équivalent du plafond mensuel de la Sécu.

"Il n'y a pas besoin de trois ans. L'urgence est là", a protesté Daniel Paul, député PCF de Seine-Maritime, qui avait témoigné dans l'après-midi des difficultés rencontrées pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste de sa région. "L'un des amendements les plus cruciaux à la loi Bachelot a été voté, tard hier soir… en l'absence de Roselyne Bachelot, invitée d'une émission de France 2 sur l'hôpital", souligne Olivier Auguste, journaliste du Figaro-économie. Mais, la ministre de la Santé avait bien préparé le terrain avant de s'absenter. Plus tôt dans la journée, elle a rappelé aux députés qu'elle souhaitait que "soit respectée la solidarité intergénérationnelle, alors que beaucoup de médecins seraient d'accord pour des mesures qui ne s'appliqueraient qu'aux jeunes", souligne Le Monde (page 8). Estimant que des mesures qui obligent les jeunes diplômés à s'installer dans des zones sous-dotées seraient injustes et inefficaces. "Plus prosaïque", selon Le Figaro-économie, Roselyne Bachelot a rappelé hier matin devant le groupe UMP le souvenir de la grève des internes de 2007, dans un style très imagé : "Les jeunes médecins qui descendent dans la rue, c'est comme le dentifrice qui sort du tube. On ne sait pas comment les faire rentrer."

Antilles : vers un compromis
Les Antilles étaient toujours plongées dans la grève hier, malgré une nouvelle avancée en Martinique, avec un accord-cadre sur une augmentation de 200 euros nets pour les bas salaires, précise La Tribune (page 4). En Guadeloupe, où le conflit entre dans sa septième semaine, le LKP, le "collectif contre l'exploitation", maintient la pression, malgré l'adoption samedi d'un accord contenant l'essentiel de ses revendications, notamment la plus emblématique : la hausse de 200 euros des bas salaires. Par ailleurs, Yves Jégo, secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, a présenté hier les efforts financiers de l'Etat pour sortir de la crise. Le gouvernement devrait finalement consacrer 848 millions d'euros aux DOM, selon La Tribune. "200 euros pour les DOM, l'idée qui avance", titre en "une" L'Humanité, qui publie (page 2), une longue interview d'Elie Domota, le leader du LKP, qui dit avoir bon espoir de parvenir rapidement à un accord final.

John Sutton