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Grogne générale

En matière de manifestations, les écarts comptables entre syndicats et police sont habituels. Celles qui ont animé hier les rues des grandes villes de France n'échappent pas cette règle. Selon libération.fr (seules les versions électroniques des journaux sont aujourd'hui disponibles), "plus d'un million de personnes (1.080.000) selon la police, et 2,5 millions selon la CGT, ont défilé (...) soit une mobilisation du niveau de celle contre les CPE (contrat première embauche) en 2006, de 2003 sur les retraites et de 1995 contre le plan Juppé sur la Sécurité sociale".

Inutile de dire que la satisfaction des syndicats est totale. En effet, notent lesechos.fr, la CGT a salué "un événement social de grande importance", qui n'est "pas un coup de colère passager", et la CFDT "la plus grande manifestation de salariés depuis vingt ans". La gamme des revendications des manifestants était particulièrement large : davantage de pouvoir d'achat, maintien du service public, arrêt des licenciements et soutien de l'emploi… Qu'elle soit issue du service public ou du privé, chaque corporation avait dont un motif spécifique à faire grève.

Même si l'Education nationale était en première ligne, note leparisien.fr, "le défilé rassemblait tout un ensemble de revendications catégorielles". Avec un taux de grévistes de 19,6%, relèvent lesechos.fr, les agents du secteur hospitalier ont, pour leur part, protesté contre la loi Bachelot sur la réforme de l'hôpital.

En revanche, le "jeudi noir" dans les transports ne s'est pas produit puisque la grève a été diversement suivie dans le secteur public. En vertu de la loi sur le service minimum, les prévisions de trafic ont été plus ou moins respectées, A la SNCF, par exemple, le trafic a été garanti entre 30% et 60%.

Pour l'éditorialiste des Echos, cette mobilisation "n'est encore qu'un contre-pouvoir d'un jour, sans cohérence ni stratégie". "Pas de quoi entamer la détermination réformatrice du chef de l'Etat, laquelle repose toujours sur une solide majorité populaire", écrit Jean-Francis Pécresse. A l'Elysée, indique leparisien.fr, "on estimait avoir échappé au pire". D'ailleurs, "muet toute la journée, le chef de l'Etat s'est bien gardé de claironner". Dans un communiqué Nicolas Sarkozy a jugé "légitime" l'inquiétude qui s'est exprimée dans les rues. "Une inquiétude qu'il met sur le compte de la crise d'une ampleur sans précédent, et non de la politique qu'il mène", analyse leparisien.fr.

Pour l'éditorialiste de L'Est républicain, Rémi Godeau, "il est inimaginable aujourd'hui que Nicolas Sarkozy se contente de prendre acte de ce cri de colère". Sentiment partagé par lefigaro.fr qui titre : "Et maintenant ?". Pour son éditorialiste, Paul-Henri du Limbert, "on ne balaye pas d'un revers de main une journée comme celle d'hier. C'est un signal. Personne ne peut nier que la France vit à l'heure des frustrations, des angoisses et des peurs". Aussi, ajoute le journaliste, "le danger, pour Nicolas Sarkozy, ce ne sont pas ces grandes manifestations aux allures de grand-messes un peu convenues, mais plutôt ce malaise diffus et perlé né de la crise financière et des perspectives déprimantes qu'elle dessine".

Le chef de l'Etat recevra les partenaires sociaux "avant fin février", annonce leparisien.fr. "Mais il ne faut pas y voir une concession aux syndicats après la forte mobilisation de jeudi. Ce rendez-vous était prévu de longue date, pour fixer l'agenda des réformes sociales de 2009". De son côté, l'intersyndicale se réunira lundi prochain pour envisager "des suites" au mouvement. "Le succès de la journée d'hier garantit a priori la solidité du front", soulignent lesechos.fr. "Après un tel succès, celui qui quitte le mouvement est mort", résume un cadre de la CFDT. De son côté, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a mis en garde le président de la République contre une multiplication des rendez-vous sans résultats avec les syndicats.

Mais avant de recevoir les partenaires sociaux, annonce leparisien.fr, "le président pourrait intervenir directement devant les Français la semaine prochaine", au cours d'une émission spéciale sur TF1 et sur le service public.

Frédéric Lavignette