Grippe A : coup d’envoi de la vaccination

Cette fois, le coup d'envoi est donné pour toute la population. La campagne de vaccination contre la grippe A qui ne concernait jusqu'alors que le personnel hospitalier va s'élargir dès jeudi 12 novembre à d'autres catégories de population. Cette deuxième étape, présentée hier par la ministre de la Santé, "intervient alors que l'épidémie s'intensifie en France", constate Le Figaro (page 15). La semaine dernière, la grippe a en effet été le motif de 360.000 consultations, soit "dix fois plus qu'il y a un mois", a précisé Roselyne Bachelot. Depuis le 3 novembre, 11 nouveaux décès ont été enregistrés, "portant à 33 le nombre total de cas fatals en France métropolitaine", compte le quotidien.

Pour encourager à se faire vacciner les Français que ces chiffres n'inquiéteraient pas, un spot publicitaire de 50 secondes est diffusé à la télévision depuis hier, relèvent Les Echos (page 5). Un message qui donnera certainement un argument supplémentaire aux "détracteurs" de la ministre.

Certains lui reprochent, par exemple, une campagne de vaccination "surdimensionnée" pour faire face à une "grippette". C'est le cas du professeur et député (UMP) Bernard Debré, "l'un des meneurs de la rébellion des professionnels de santé contre la loi de réforme de l'hôpital au printemps dernier", rappellent Les Echos. Pour Roselyne Bachelot, le montant de 1,5 milliard d'euros investi dans cette campagne est amplement justifié car "les formes graves de la maladie se multiplient".

Afin de "désamorcer les inquiétudes" sur les effets secondaires du vaccin, la ministre de la Santé assure que "la transparence sera observée scrupuleusement" et que les effets indésirables constatés après l'injection seront signalés. Chaque mercredi, les Français pourront notamment consulter les rapports de pharmacovigilance que l'Afssaps publiera sur son site Internet. Selon cette agence, lors de la première phase de vaccination, 36 effets secondaires indésirables mineurs ont été constatés parmi les 50.000 professionnels de santé ayant reçu une dose du vaccin Pandemrix® de GlaxoSmithKline.

La Sécu : une valeur nationale
A l'approche d'une réflexion politique sur l'identité nationale, l'assurance maladie s'invite dans le débat. Dans une tribune publiée par Libération (page 21), Pierre-Yves Geoffard, professeur à l'Ecole d'économie de Paris et directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), souligne en effet que "s'il existe une identité nationale, la Sécurité sociale en est un élément fortement structurant".

C'est parce qu'elle est porteuse de "principes de solidarité" que les Français y sont par conséquent attachés, note-t-il. Reste encore à la préserver du déficit croissant qui la menace. Or, il semble qu'il existe au niveau politique "comme un consensus mou pour ne rien faire". Et "pour garantir l'avenir de l'assurance maladie, il va bien falloir réformer… non pas pour essayer de dépenser moins, mais pour tenter de dépenser mieux", prévient le professeur.

Pour lui, "refuser d'augmenter les recettes de la Sécurité sociale n'est pas tenable : cela conduit à transférer une part croissante de la dépense de santé sur les assurances complémentaires, ou sur la participation directe des malades au coût des soins". Et, à terme, "avec la meilleure volonté du monde, aucun système privé d'assurance ne pourra maintenir des principes de solidarité", conclut-il.

Frédéric Lavignette