Grèves reconductibles : menace de crise sociale ?

Peu à peu, l'idée de la paralysie du pays s'installe. Hier, raconte La Tribune (pages 2 et 3), tout au long de la journée, "les préavis de grève reconductibles ont continué de fleurir pour pouvoir poursuivre les arrêts de travail au-delà de la journée de grève et de mobilisation du 12 octobre".

Après les agents de la RATP, les cheminots, les marins, les électriciens et les gaziers, ce sont maintenant les agents de la Fonction publique proches de la CGT qui ont déposé un préavis. Ainsi, note Le Monde (page 12), "plus le temps passe, plus la sortie de crise sera difficile. Ce qui s'apparente pour le moment à une montée des tensions, maîtrisée par les syndicats, CGT en tête, peut aussi échapper à ses auteurs et déboucher sur une vraie crise sociale".

C'est certainement cette crainte qui est à l'origine de la nouvelle concession du gouvernement. Face à cette "pluie de préavis de grèves reconductibles", relève Le Parisien/Aujourd'hui (pages 4 et 5), une réunion de crise s'est tenue hier matin à l'Elysée entre Nicolas Sarkozy, François Fillon, plusieurs de ses ministres, les présidents des Assemblées, les présidents de groupes UMP et centristes, et le rapporteur du texte au Sénat. A l'issue de cette rencontre, deux amendements supplémentaires ont été déposés au Sénat par l'exécutif pour "montrer que le gouvernement est attentif", rapporte le quotidien.

Le premier de ces textes concerne les mères de famille de trois enfants nées avant 1956, indiquent Les Echos (page 4). Pour elles, l'âge du taux plein et sans décote sera maintenu à 65 ans, sous certaines conditions. Pour en bénéficier, il faudra, par exemple, être né entre le 1er juillet 1951 et le 31 décembre 1955. Il faudra également "avoir arrêté son activité professionnelle pendant au moins un an dans les trois ans ayant suivi la naissance de l'un des trois enfants", explique La Tribune.

L'autre geste du gouvernement concerne "le maintien à 65 ans de l'âge du taux plein pour les parents d'enfants lourdement handicapés", signale Libération (page 14). Pour y accéder, les parents devront justifier de la perception de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé.

Avec ce lâcher de lest, analyse Le Figaro (pages 3 et 4), Nicolas Sarkozy "a voulu jouer à fond l'effet de surprise pour cisailler le mouvement de grève au moment où il peut être tenté par la radicalisation". Mais ces annonces ne satisfont pas les syndicats, observe Libération. Pour la CGT, elles "ne sont pas de nature à modifier le caractère injuste et inefficace de la loi sur les retraites". A la CFDT, on admet qu'elles sont "une avancée pour certains parents, mais pas pour les précaires".

En tout cas, résume Le Parisien/Au­jour­d'hui, "pas de quoi déposer les armes, ont répliqué les syndicats qui continuent de battre le rappel et doivent se retrouver encore aujourd'hui pour mettre en musique la journée du 12 octobre"...

La crise des services à la personne
Après l'enthousiasme, le ton change, observe La Tribune (page 11). Jadis considérés comme l'"Eldorado" de l'emploi, les services à la personne semblent perdre aujourd'hui de leur superbe. Alors que la loi de juillet 2005 avait généré "un fantastique appel d'air" dans le développement de ces emplois, "le secteur traverse une triple crise de maturité, d'identité et de modèle économique".

De surcroît, ajoute le quotidien, "toute proposition d'assainissement des finances publiques est vécue comme une agression", par les acteurs de ce secteur. Ainsi, rappelle le journal, "la députée de Meurthe-et-Moselle, Valérie Rosso-Debord, a proposé cet été de réduire le nombre de bénéficiaires de l'allocation personnalisée d'autonomie (Apa) qui a fait les choux gras du secteur et de rétablir un recours sur succession des bénéficiaires".

En outre, une nouvelle initiative "se murmure" actuellement, ajoute La Tribune : "On pourrait rogner dès 2011 les niches fiscales sur l'aide à domicile, quand celle-ci est assurée par une entreprise." En d'autres termes, remarque le journal, "tous les piliers de la profession sont en passe de se fissurer".
Frédéric Lavignette