Etienne Caniard sur France Inter : ne pas confondre « la maladie et le remède »

Faut-il craindre une dérive "à l'américaine" du système de santé ? La place croissante des mutuelles dans le financement des soins peut-elle aboutir à une privatisation de la "Sécu" ? Ces questions constituaient la toile de fond du débat organisé hier par France Inter dans l'émission "Le téléphone sonne". Cette émission a réuni Etienne Caniard, président de la Mutualité Française, André Grimaldi, professeur d'endocrinologie, à La Pitié-Salpêtrière (Paris) et Christian Saout, ancien président du Collectif interassociatif sur la santé (Ciss). Ce débat fait suite à la pétition lancée en début de semaine par le Pr André Grimaldi, pour "sauver la Sécu" et signée par 140 personnalités de gauche comme de droite.

"Le pire serait de glisser d'un système solidaire vers un système assurantiel qui est moins solidaire», met en garde André Grimaldi. "Ne confondons pas la cause et les conséquences, la maladie et le remède. Aujourd'hui, sans les mutuelles, les Français ne peuvent pas se soigner. Il faut savoir que la Sécurité sociale ne rembourse que 4 % des dépenses en optique. Faut-il accepter que certains d'entre nous ne puissent acheter des lunettes pour voir correctement ? », a réagi Etienne Caniard. Face au désengagement du régime obligatoire sur les soins courants, le recours aux mutuelles constitue un "traitement palliatif", a poursuivi le président de la Mutualité Française. Avec cette pétition, "on met en accusation ce qui permet aux Français de se soigner", a-t-il déploré.

Pour lui, le débat public qu'appellent de leurs vœux les pétitionnaires, et que la Mutualité réclame à cor et à cri depuis longtemps, devra nécessairement aborder les "racines du mal que sont la li­berté des prix et la désorganisation du système de soins", a-t-il affirmé avant de faire valoir que les mutuelles refusaient de "prendre sans limite les dépassements d'honoraires" pour casser la spirale inflationniste des prix.

Oui, les complémentaires sont "la panacée" pour les soins courants, a reconnu Christian Saout. "Défendre la Sécu, c'est défendre le secteur 1", a plaidé le Pr Grimaldi, corroborant ainsi l'analyse de la Mutualité Française. "Tout ce qui consolidera la Sécurité sociale aura notre approbation", assure Etienne Caniard. Le débat est lancé…

Les retraités fortement mis à contribution
Deux jours après l'annonce par le Premier ministre d'une réforme des retraites qui prévoit un accroissement des cotisations patronales et salariées dédiées aux pensions, Libération (page 2) revient sur un aspect de la réforme jusqu'alors peu commenté : le report de six mois, au 1er octobre, de la date de revalorisation des pensions en fonction de l'inflation. Cette mesure, à laquelle s'ajoute la fiscalisation annoncée des bonus de pension pour les parents de trois enfants ou plus, diminuera le pouvoir d'achat des retraités, "y compris des plus modestes d'entre eux", puisqu'elle revient à amputer les pensions du niveau de l'inflation pendant six mois de plus par an.

"Au total, l'ensemble des retraités seront même davantage mis à contribution que les autres catégories : à l'horizon 2020, les économies réalisées sur leur dos représenteront 2,7 milliards d'euros. C'est plus que les contributions des actifs et des employeurs, qui s'élèveront chacune à 2,2 milliards en 2020", détaille le quotidien.

Plusieurs quotidiens évoquent par ailleurs l'intervention du ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, lors de l'université d'été du Medef. Celle-ci vise à rassurer les chefs d'entreprise sur les projets de l'exécutif alors que l'an­nonce d'une hausse des cotisations vieillesse fait grincer quelques dents. "La hausse des cotisations retraite patronales sera compensée par une baisse des cotisations famille, non seulement en 2014 – comme Jean-Marc Ayrault l'avait laissé entendre – mais jusqu'en 2017", a ainsi précisé Pierre Moscovici, relatent L'Opinion (page 1) et Les Echos (page 3) et Le Figaro (page 24). Et "les prélèvements obligatoires baisseront bien l'an prochain pour les entreprises", selon Bercy, rapporte encore L'Opinion. Plus généralement, l'exécutif envisage dé­sormais une stabilisation de l'ensemble des prélèvements obligatoires dès 2014, alors qu'elle était initialement prévue en 2015.

Ces annonces surviennent sur fond d'interrogations sur la réalité de la re­prise économique. "Le moral des chefs d'entreprise s'améliore de nouveau en août, selon l'Insee, mais la confiance n'est pas encore suffisante pour les pousser à réinvestir", relèvent notamment Les Echos (page 2).

Anne Baudeneau et Jean-Michel Molins