Etienne Caniard : « Sans changement global, l’accès aux soins est compromis »

"Nous sommes au bout d'un système, après la recherche pendant des années d'équilibres de court terme par des transferts. Si nous ne proposons pas un changement global, des problèmes massifs d'accès aux soins se poseront", prévient Etienne Caniard dans un long entretien publié par L'Argus de l'assurance du 22 avril (pages 14 à 16), et en ligne sur Internet (argusdelassurance.com).

La Mutualité a-t-elle les moyens de répondre aux nouveaux enjeux de la santé, comme le désengagement de l'assurance maladie ? "Dans beaucoup de pays, y compris les plus libéraux, l'offre de soins “non-profit”, selon le terme utilisé outre-Atlantique, tient une place beaucoup plus importante qu'en France", constate le président de la Mutualité Française. Selon lui, "l'économie so­ciale ne doit pas être une réponse caritative, qui viendrait pallier les déficiences du système, mais une réponse globale et économiquement équilibrée".

Le risque dépendance doit-il être inclus dans le risque maladie ? "La complémentaire santé vient naturellement à l'esprit, puisque 94% des Français en disposent", répond le président, précisant qu'"il faut soigneusement en examiner les modalités". Toujours à propos de la dépendance, il juge "éco­nomiquement inadapté", "un schéma où les acteurs privés s'occuperaient uniquement de la diffusion de contrats d'épargne et le secteur public que de la prise en charge des plus modestes et de la dépendance lourde".

Interrogé sur Priorité santé mutualiste, le président de la Mutualité évoque le fort taux de satisfaction des utili­sateurs de ce programme, signe qu'il "correspond à un besoin en matière d'information, d'orientation et d'accom­pagnement". La "capacité à l'intégrer à l'offre des mutuelles" reste toutefois encore à renforcer, concède Etienne Caniard, qui annonce l'évolution du programme "vers une logique Internet, avec la mise en place d'e-PSM". L'enjeu étant aujourd'hui de développer de nouveaux services impossibles à déployer avec les supports précédents.

L'essor des carnets de santé en ligne
Au moment où le dossier médical personnel (DMP) balbutie, plusieurs sociétés privées proposent des carnets de santé interactifs à gérer soi-même en ligne, indique Le Figaro (page 11). En quelques mois, les principaux systèmes, Sanoia et Dossier santé personnel, tous les deux gratuits, ont déjà séduit plusieurs dizaines de milliers d'internautes français. Le site Dossier santé personnel, doté d'un volet prévention (maladies cardio-vasculaires, diabète, cancers), permet de stocker des documents (radios, scanners, ordonnances, comptes rendus d'examens...) et d'être averti par mail d'un rendez-vous médical ou d'une alerte épidémique. Ces dossiers médicaux privés posent le problème de l'anonymat et de la confidentialité des données, garantis par le DMP.

En l'absence de garantie absolue concernant la sécurité de ces services, les spécialistes prônent la prudence, tant dans la saisie des données que leur partage. "Quand on voit les systèmes de santé et de contrôle mis en place pour le DMP, on peut avoir des incertitudes, voire des inquiétudes, vis-à-vis d'un hébergement privé", estime à ce titre le Dr André Desueur, président de la section exercice professionnel du Conseil de l'Ordre des médecins.
John Sutton