Déserts médicaux : le sénat écarte les deux seules mesures contraignantes pour les médecins

Les sénateurs ont commencé hier l'examen d'une proposition de loi de Jean-Pierre Fourcade (UMP), soutenue activement par le gouvernement. Ce texte vise notamment à supprimer les deux seules mesures contraignantes pour les médecins qui figuraient dans la loi "Hôpital, patients, santé et territoires" (HPST) votée en 2009, rapporte Le Monde (page 3). Les deux mesures, jamais appliquées faute de décrets, avaient provoqué la colère des syndicats de médecins libéraux et envenimaient les relations de la majorité avec la profession.

La proposition de loi de Jean-Pierre Fourcade prévoit la suppression des pénalités financières (jusqu'à 3.000 euros par an) pour les généralistes des centres-villes refusant de prêter main-forte ponctuellement à leurs confrères des zones sous-dotées de banlieue ou rurales, une me­sure connue sous le nom de contrat santé-solidarité, indique Le Figaro-économie (page 19). Elle supprime aussi l'obligation pour les généralistes de déclarer leurs congés à l'avance aux agences régionales de santé (ARS), pour permettre une meilleure organisation des soins.

La version initiale du contrat santé-solidarité était la principale innovation de la loi Bachelot contre les déserts médicaux, rappelle Le Figaro-économie. "Mais depuis, Nicolas Sarkozy s'est lancé dans une opération de rabibochage avec les médecins et répète sa conviction que “la coercition ne marche pas”. Il préfère s'en tenir à l'incitation", commente Olivier Auguste dans les pages économiques du Figaro.

La gauche parlementaire dénonce une "visée électoraliste" de la majorité. L'opposition regrette ainsi l'examen du texte, "alors que le comité de suivi de la loi HPST n'a pas encore rendu ses conclusions". Les critiques viennent aussi des députés ruraux de la majorité. Dans Le Monde, le sénateur Hervé Maurey (Nouveau Centre) se déclare "consterné" par cette proposition de loi. "On décide de ne pas contrarier les médecins au détriment de l'intérêt général. En plus, électoralement parlant, c'est un mauvais calcul", estime cet élu de l'Eure, département particulièrement mal loti en médecins.

Laetitia Clavreul, envoyée spéciale du Monde en Lozère, est allée à la rencontre des habitants, qui témoignent de la difficulté de se faire soigner. Elle relate aussi le quotidien de médecins toujours sur les routes, au bord de l'épuisement... "Le manque de médecins, on le combat en les faisant venir de l'étranger, mais si ça continue, c'est dans les pays de l'Est qu'ils seront en déficit !", ironise le Dr Claude Fleury, d'Aumont-Aubrac.

Une autre praticienne, le Dr Muriel Dousse-Douet, très engagée dans l'organisation des soins en Lozère, réclame que les médecins préparent au minimum leur départ en informant leurs confrères. Au nom d'une certaine solidarité entre eux et de la continuité des soins.

Grippe A/H1N1 : vaccination "coûteuse"
La gestion de la campagne de vaccination contre la grippe A/H1N1 en France s'est soldée par un coût faramineux : 110 euros par personne vaccinée, alors que le prix moyen d'uns dose n'atteint que 7,20 euros, dénonce la Cour des comptes dans son rapport annuel publié hier, cité dans La Tribune (page 2). Les contrats d'achats de vaccins ont été "mal négociés", précise le rapport (La Croix, page 4).

Les magistrats critiquent également une communication de crise "insuffisamment réactive", qui "n'a pas réussi à convaincre". Le nombre de personnes vaccinées n'a pas dépassé 5,4 millions, soit moins de 8,5 % de la population.

Parmi les huit secteurs notés "insuffisants" par la Cour des comptes figure notamment le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui tarde à s'adapter au nouveau paysage de la recherche française, rapporte Libération (page 19). La Cour reproche également au CNRS de ne pas accueillir suffisamment d'universitaires sur des postes temporaires à taux plein.

En revanche, les magistrats de la rue Cambon dressent un bilan positif de vingt ans de contrôle des organismes faisant appel à la générosité publique (Asso­ciation pour la recherche sur le cancer, Association française contre les myopathies, Restos du cœur, Sidaction...), souligne La Croix. "La gestion administrative et comptable de ces organismes s'est, en particulier, grandement professionnalisée."
John Sutton