Déserts médicaux : le casse-tête des maires

L'avancée des déserts médicaux, observée l'an dernier par l'Insee, est devenue le casse-tête de nombreux maires dans les zones rurales comme urbaines, rapportent Les Echos (page 6). Les rencontres organisées hier par l'Association des maires de France (AMF) ont permis de faire le bilan des différentes solutions : aide à l'installation de médecins étrangers, médecins salariés, maisons de santé... Le recours à des médecins étrangers, souvent issus d'Europe centrale, s'est souvent soldé par un échec. Les praticiens roumains, à la recherche d'une amélioration de leur niveau de vie, n'ont pas tenu longtemps dans les communes rurales françaises.

La Ferté-Bernard (Sarthe), petite ville de 10.000 habitants, s'est trouvée confrontée au départ en retraite de trois mé­decins libéraux. Aucun généraliste n'acceptant ses offres d'installation, la municipalité a réussi à salarier trois médecins, au barème hospitalier. "Il se confirme que le statut de salarié correspond bien à un changement profond des jeunes médecins, qui ne veulent plus être taillables et corvéables", explique le maire Jean-Carles Grelier (UMP), qui est prêt à renouveler l'opération en cas de désertion des dentistes. "L'initiative a un peu heurté mes amis libéraux", confie-t-il aux Echos.

Autre remède efficace à la désertification médicale : les maisons de santé, à condition, toutefois, qu'elles ne réunissent pas que les professions paramédicales et, surtout, que le projet soit bien coordonné avec les professionnels de santé.

Un appel à projet au niveau national, annoncé en 2010, doit donner naissance à 250 nouvelles maisons de santé. La ville de Strasbourg a créé une première "maison urbaine de santé", dans le quartier du Neuhof. Un local de 600 m2 est loué depuis le mois d'avril à une association regroupant quatre généralistes, deux infirmières, un kinésithérapeute, un orthophoniste, un laboratoire d'analyses, ainsi que des addictologues, une cellule d'écoute...

"C'est une réponse globale à des difficultés médicales et sociales", explique le Dr Alexandre Feltz, vice-président de la communauté urbaine et chargé des questions de santé. Fort de ce premier succès, Strasbourg s'apprête à ouvrir trois autres maisons urbaines de santé.

Médecins : agressions en hausse
Jamais depuis sa création en 2002 l'Observatoire de la sécurité des médecins n'avait enregistré de chiffres aussi élevés, souligne Le Parisien/Aujourd'hui (page 15). L'an dernier, 920 déclarations d'incidents ont été envoyées par des praticiens pour signaler des agressions, contre 512 en 2009, soit une hausse de 80%.

Le Dr Michel Legmann, président du Conseil de l'ordre des médecins, a jugé que l'insécurité pour les médecins constituait un "véritable problème de santé publique", favorisant la désertification urbaine de certains quartiers. "C'est un vrai facteur d'inégalités sociales. Dans certains quartiers de Montpellier, plus un seul professionnel ne se déplace la nuit", constate le Pr Baccino, dans La Croix (page 17). "Notre pédiatre a été agressée en janvier et notre gynécologue en février. Toutes les deux ont aujourd'hui fermé leur cabinet pour s'installer dans une autre commune", déplore la Dre Jocelyne Rousseau, généraliste à Pierrefitte (93). "Le résultat est qu'il n'y a plus aujourd'hui d'offre libérale en pédiatrie et en gynécologie" dans cette ville. Ces quatre dernières années, la Seine-Saint-Denis est restée en tête des déclarations de violences (79), suivie du Nord (70), précise Libération (page 11). Les principaux motifs d'agression sont, dans l'ordre, un reproche relatif à une prise en charge, une tentative de vol, un refus de prescription ou un temps d'attente jugé excessif, résume La Croix. Le ministre de la Santé réunira le 4 avril l'ensemble des acteurs concernés. Il souhaite la "signature rapide" d'un protocole entre son ministère, ceux de l'Intérieur et de la Justice, et l'Ordre des médecins, pour lutter contre l'insécurité dont ils sont victimes.
John Sutton