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Dépassements d’honoraires : un simple « effet de communication »

"On dépasse les bornes." Cette exaspération s'exprime dans L'Humanité (page 9) suite à la publication du décret élargissant l'option de coordination. Pour ce quotidien, le gouvernement témoigne ainsi de son absence de volonté de "sanctionner les abus en matière de dépassements des tarifs médicaux".

Ce nouveau dispositif oblige les complémentaires à rembourser les dépassements d'honoraires plafonnés à 50% au-dessus des tarifs conventionnés pour trois spécialités : les chirurgiens, les anesthésistes et les obstétriciens. Plus précisément, poursuit ce quotidien, ces professionnels de santé devront s'engager "à limiter leurs dépassements à 50% du tarif opposable de la Sécurité sociale et à pratiquer 30% de leurs actes au tarif conventionné". En contrepartie, ils "bénéficieront, comme leurs collègues de secteur 1, d'un financement de leurs cotisations sociales (santé, retraite) par l'assurance maladie". Et d'en conclure que ce dispositif "manque indéniablement son objectif de régulation".

L'Humanité rappelle que, dans un texte commun, sept centrales syndicales et la Mutualité Française ont désapprouvé cette mesure qui va "à l'encontre du but recherché car elle n'intéresse pas les spécialistes qui pratiquent les dépassements les plus importants, tandis qu'il constitue un effet d'aubaine pour les autres". Pour le président de la Mutualité Française, Etienne Caniard, cette mesure montre "clairement" que le gouvernement a fait le choix de "la logique inflation­niste des dépassements d'honoraires", rapporte le journal.

Selon L'Humanité, cette disposition entraînera "automatiquement une nouvelle augmentation des cotisations des complémentaires santé". Interrogé ce matin sur RMC, Etienne Caniard est moins affirmatif. Pour lui, cette mesure ne coûtera "probablement" pas beaucoup d'argent aux mutuelles car "la plupart des médecins sont au-dessus du 50%. Par conséquent, ils ne vont donc pas changer leurs pratiques". Ce dispositif, a-t-il ajouté, est une "mesure neutre, un effet de communication qui ne servira globalement à rien".

De leur côté, Les Echos (page 4) rapportent la proposition du candidat socialiste, François Hollande, de "vouloir revenir sur la taxation des mutuelles décidées par le gouvernement". Pour Etienne Caniard, il s'agit d'une "décision de bon sens". Si cette taxe était remise en cause, deux solutions se présenteraient alors, a estimé le président de la Mutualité Française au micro de RMC : "Soit on baisse nos tarifs pour rendre les mutuelles plus accessibles, soit on essaie d'utiliser cette marge de manœuvre pour mieux rembourser les dépassements d'honoraires dans un contexte qui permette de les maîtriser."

Les cumulards de la médecine à l'index
"On ne peut qu'être surpris de voir combien la communauté médicale hospitalière laisse faire, alors que cela ne concerne que quelques médecins." Telle est l'une des réflexions d'Eric Favereau de Libération (pages 10 et 11) après la lecture du "Livre noir des médecins stars".

Cet ouvrage, publié aux éditions Stock par sa collègue du Parisien/Aujourd'hui, Odile Plichon, est une enquête "entre le monde des grands mandarins ultra-médiatisés et celui de l'argent, avec un mélange de jeux d'influences et d'opacité". Dans ce livre, rapporte Libération, "tout y passe", en premier lieu le cumul des salaires de ces "mandarins" qui sont tout à la fois, médecins, chefs de services, députés et/ou maires.

"Ensuite, poursuit le quotidien, il y a ce mélange entre affaires relevant du secteur public et celles relevant du privé, certains médecins hospitaliers transformant leur service en machine à faire du cash, au seul bénéfice de leur portefeuille."

Ce livre épingle également certains des privilèges accordés par le pouvoir aux 6.000 à 7.000 médecins. Par exemple, rapporte Le Monde (page 12), à la fin 2011, "les professeurs d'université-praticiens hospitaliers (PU-PH) ont obtenu une réforme avantageuse de leur retraite". En effet, indique Odile Plichon, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a entériné un accord qui prévoit jusqu'à 30% de revalorisation de leur pension en fin de carrière.

Avec un tel dispositif, leur retraite qui avoisine près de 4.400 euros par mois peut désormais atteindre 5.700 euros.
Pour le Syndicat national des médecins hospitalo-universitaires, il s'agit simplement d'un "ajustement budgétaire", indique Le Monde. Tandis qu'au ministère de la Santé, on explique que cette me­sure vise à "donner un signal clair à la communauté hospitalière en maintenant le caractère attractif des carrières à l'hôpital".
Frédéric Lavignette