Déficits records : les patients en première ligne

Pour ce qui est du déficit de la Sécurité sociale, l'année 2010 sera pire encore que l'année 2009. C'est en tout cas ce qui doit ressortir de la présentation, aujourd'hui, du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Selon Les Echos (page 3), "le gouvernement prévoit un "trou"de 23,5 milliards d'euros cette année pour le régime général, dont plus de 11 milliards pour la branche maladie, et plus de 8 milliards pour les retraites". Les prévisions établies en juin dernier sont par conséquent dépassées : 20,1 milliards d'euros de déficit étaient envisagés pour le régime général. L'an prochain, il atteindra certainement les 30,6 milliards d'euros.

Pour Le Figaro (page 20), la crise est en grande partie responsable de cette situation. En effet, "les recettes de la Sécu sont largement composées des cotisations sur les salaires. Elles dépendent donc du niveau de l'emploi. Or, celui-ci devrait encore se dégrader l'an prochain avec 190.000 destructions de postes prévus".

De plus, notent Les Echos, en raison du "rythme soutenu" des départs en retraite des "baby boomers", les prestations de retraites vont progressivement se multiplier. Alors, "pour procurer l'an prochain de nouvelles recettes à la Sécurité sociale, sans envoyer le signal d'une hausse des prélèvements", le gouvernement va adopter certaines mesures, explique La Tribune (page 4).

Dans un entretien qu'elle accorde au Monde (page 14), la ministre de la Santé en dessine les contours. "Nous demanderons des efforts à tous, prévient Roselyne Bachelot. Professionnels de santé, structures et hôpitaux, patients." Même si elle tend à minimiser leur contribution, ces derniers vont d'ailleurs être fortement sollicités, notamment par le biais du forfait hospitalier qui doit passer de 16 à 18 euros.

Autres mesures, relèvent Les Echos, "des baisses de prix des médicaments et quelques déremboursements, une limitation des prescriptions des médecins ainsi qu'une baisse de tarifs pour les biologistes et les radiologues". Au total, ce plan permettra de réaliser 2,2 milliards d'économies. Il n'y a pas "de forte ponction du pouvoir d'achat des Français", déclare la ministre dans Le Monde. "Le forfait journalier n'avait pas été ajusté depuis plusieurs années, et cela fait plusieurs années que nous remboursons de façon différenciée les médicaments en fonction de leur service médical", argumente-t-elle.

Des efforts, les ménages devront en faire également en raison de la probable augmentation des cotisations de leur assurance complémentaire. En effet, rappellent Les Echos, les mutuelles "seront taxées à hauteur de 280 millions au titre de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) qui sera gratuite pour les assurés". Cette contribution correspond à "35% du montant de l'achat des vaccins de la population couverte par une assurance maladie complémentaire", a précisé hier l'Unocam.

Parmi les autres annonces permettant de dégager des recettes pour renflouer les caisses de la Sécu, Le Figaro relève la soumission de certains contrats d'assurance aux prélèvements sociaux (CSG, RDS, taxe Hirsch pour le RSA...) en cas de décès . A cela, ajoute La Tribune, "pour le symbole plus que pour le montant des recettes, l'exécutif a décidé de s'attaquer aux retraites chapeaux accordées aux cadres dirigeants".

Mais au-delà de ces "niches sociales" constatent Les Echos, "la principale recette supplémentaire dont bénéficiera la Sécurité sociale l'an prochain", c'est la taxe sur l'épargne salariale. En passant de 2% à 4%, elle devrait rapporter 400 millions de plus à l'assurance maladie.

Ce train de mesures permettra-t-il d'améliorer la situation des comptes ? Cela n'est pas sûr. Elles auront l'effet d'une "petite bouffée d'oxygène", voire "d'une goutte d'eau dans l'océan des déficits de la Sécurité sociale", observe ce quotidien.

D'ailleurs que vont devenir ces "déficits colossaux" accumulés en 2009 et 2010, et qui, ensemble, dépasseront largement les 50 milliards d'euros ? Selon La Tribune (page 2), "le gouvernement a décidé de ne pas suivre la feuille de route habituelle qui consiste à les transférer à la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades) en relevant la taxe CRDS. Pour ne pas accroître les prélèvements on a choisi de laisser la dette au sein de la banque de la Sécu".

Frédéric Lavignette