Décret sur la transparence des liens entre labos et professionnels de santé : réactions contradictoires

Le décret rendant obligatoire la publication des liens entre les laboratoires pharmaceutiques et les professionnels de santé, publié hier au Journal officiel, suscite des réactions contradictoires. Pour le député socia­liste Gérard Bapt, ce texte marque "une étape importante pour le rétablissement de la confiance des patients". "Enfin ce décret est publié !", réagit, dans Les Echos (page 4), Xavier Bertrand, qui a fait voter la loi en 2011 lorsqu'il était ministre de la Santé

Mécontentement, en revanche, chez le Dr François Rousselot, président de la commission des relations médecins-industrie au Conseil national de l'Ordre des médecins. "On est très loin du compte, ce n'est pas du tout ce que l'on attendait, on aura le détail des croissants offerts par l'industrie, mais rien sur ce qui est important, à savoir le montant des contrats et des honoraires versés par les laboratoires", estime-t-il dans Le Figaro (page 15).

Autre faille du dispositif, selon lui, "le décret n'exclut pas le financement de travaux par l'intermédiaire d'associations loi 1901, ce qui rend la transparence incomplète". De son côté, le LEEM, qui représente les industriels du médicament, critique la "lourdeur" du dispositif et des délais d'application trop courts, notent Les Echos.

"Les données de toute l'année 2012 devront être publiées au 1er octobre 2013, après avoir été soumises aux ordres le 1er juin 2013", précise, dans Le Figaro, Laurent Clerc, cofondateur de MMI System, une société éditrice de logiciels de traçabilité réglementaire pour les entreprises du secteur médical. "Certains laboratoires avec qui nous travaillons déjà se sont bien préparés, mais d'autres attendaient la publication du décret et je ne sais pas comment ils vont faire", confie-t-il.

Pour sa part, la revue indépendante Prescrire estime que le décret ne va pas assez loin. "Nous souhaitions que le seuil pour les avantages soit fixé à 1 euro. Un cadeau, quel que soit son montant, peut inciter les professionnels de santé à se sentir redevables ou simplement bienveillants à l'égard d'une firme", estime, dans Les Echos, Pierre Chirac, directeur de la publication.

Les opticiens contre la vente sur Internet
"Nous nous battrons à la fois sur les terrains réglementaire, juridique et législatif. Nous nous attaquons à ceux qui refusent de nous vendre sans raison", affirme, dans Les Echos (page 22), Marc Simoncini, fondateur de Sensee, un site de vente de lunettes sur Internet, qui peine à pénétrer le marché. La raison ? "Il ne s'agit jamais officiellement de refus de vente, mais d'un système qui nous empêche d'exercer notre activité", notamment, selon lui, en le privant d'accès aux grandes marques.

Pour expliquer leur réticence au e-commerce, les opticiens mettent en avant la nécessité d'adapter les lunettes à chaque porteur, notamment pour les verres progressifs (36% des ventes). Ils sont soutenus en cela par Essilor, le leader mondial des verres optiques. "Nos verres complexes nécessitent l'intervention physique d'un professionnel de la vue", affirme, dans Les Echos, Nicolas de Lambert, directeur d'Essilor-France.

La bataille des lunettes sur le net contre les lunettes en magasin a conduit l'Autorité de la concurrence à lancer une enquête. De son côté, le gouvernement pourrait introduire dans une loi santé, prévue en 2014, l'obligation de mesures physiques pour la vente des verres correcteurs.

Le nombre de magasins d'optique a progressé de 47% depuis 2000, de façon disproportionnée avec les besoins, ce qui a entrainé une hausse des tarifs, soulignait une enquête de l'UFC-Que Choisir, publiée en avril dernier.

John Sutton