Croissance revue à la baisse : vers un nouveau plan de rigueur ?

"Nous sommes aujourd’hui dans une zone de très grande turbulence", a déclaré hier la ministre du Budget, à l’issue du Conseil des ministres. En attendant des indicateurs plus précis, l’hypothèse de croissance de 1,75% estimée par le gouvernement pourrait être révisée. Cette réévaluation rendrait "déjà caducs" le projet de loi de finances (PLF) et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), remarque La Tribune (page 7).

D’ores et déjà, indique Libération (pages 4 à 7), l’exécutif a envisagé "un second plan d’austérité de 5 à 10 milliards, après celui du mois d’août de 12 milliards". Sa mesure phare serait la création d’un taux de TVA intermédiaire entre 5,5% et 19,6%, révèle Le Monde (pages 10 à 14). Elle signerait "la fin du dogme sarkozyste", observe au passage le quotidien en rappelant les propos récurrents du chef de l’Etat : "Je ne serai pas celui qui augmentera les impôts."

Une autre piste d’économies concerne les dépenses de la Sécurité sociale, poursuivent Les Echos (page 7). Le gouvernement souhaiterait réduire en 2012 leur taux de progression de +2,8% à +2,5% : cela pourrait rapporter un demi-milliard d’euros. Face aux 18,2 milliards d’euros de déficit de la "Sécu" en 2011, cette goutte d’eau permettrait au moins d’"envoyer un signal aux agences de notation", remarquent Les Echos : "La France ne se contente pas d’augmenter les impôts, elle bride aussi ses dépenses."

Pour ce faire, le journal économique croit savoir que le gouvernement envisage des baisses de prix des médicaments. Cette mesure est "plus facile à faire passer dans l’opinion qu’un recul de la prise en charge par la Sécurité sociale de certains actes ou produits, qui toucherait directement au portefeuille des pa­tients", estime le quotidien.

Dans le cadre du PLFSS, les médicaments ont déjà fait l’objet d’une me­sure : le déremboursement de nouveaux produits afin de permettre l’économie de 770 millions d’euros, signale La Tribune. Pour ramener le déficit de la "Sécu" à 13,9 milliards d’euros en 2012, La Tribune rappelle que le gouvernement a notamment "mis à contribution" les mutuelles.

Cependant, observe le journal économique, si le montant des recettes "est à peu près certain, celles provenant du produit des cotisations des salariés du privé sont moins sûres". Car, compte tenu du ralentissement de l’activité, la masse salariale se réduit.

Le DMP toujours à la peine
Il était temps. "Le carnet de santé électronique est enfin au point", se félicitent Les Echos (page 11). Depuis 2011, et après sept ans de gestation, 24.000 personnes ont demandé l’ouverture de leur dossier médical personnel (DMP). Certes, le succès n’est pas massif car il reste encore à convaincre la grande majorité des patients et, surtout, les 600.000 professionnels de santé concernés.

Comme le note le quotidien économique, le DMP est "un service public, gratuit et facultatif". Cela dit, ne pas en avoir ne modifie pas l’accès aux soins, ni leur remboursement. Hormis dans quatre régions tests (Alsace, Aquitaine, Franche-Comté, Picardie), il semble difficile de trouver un médecin qui sache ouvrir un DMP. Il faut donc les convaincre pour favoriser une généralisation de ce dispositif.

Les médecins de ville semblent faire de la résistance. "Le DMP a été fait sans nous", critique le président de la CSMF, le premier syndicat des médecins libéraux. Selon Michel Chassang, c’est "un dossier de santé à la disposition du patient, qui peut même en cacher certaines données. Nous le laissons complètement de côté !".

En fait, explique un ancien responsable de ce projet, "le DMP est très anxiogène pour les médecins en libéral, car leurs méthodes de travail pourront être scrutées par tous les collègues". D’où la résistance. "Or, ça, ils ne peuvent pas le dire et mettent donc en avant d’autres prétextes, comme le fait de ne pas avoir été suffisamment associés à l’élaboration du DMP, ou le manque d’incitation financière", poursuit-il.

Pour cet observateur, "ce qui emportera l’adhésion des médecins, c’est la facilité avec laquelle leurs logiciels de gestion des dossiers patients pourront dialoguer avec les serveurs du DMP". Pour cela, il faudra attendre la compatibilité de tous les outils informatiques utilisés par les professionnels de santé. Ce qui devrait prendre au moins deux ans…
Frédéric Lavignette