Cancer : l’essor des thérapies ciblées

"Ce n'est pas une, ni dix, mais des centaines de nouvelles molécules qui sont en développement. Elles ne relèvent en rien de la chirurgie classique, ce sont des thérapies ciblées, qui visent un certain type de cancer", affirme, dans Libération (page 16), Agnès Buzyn, présidente de l'Institut national du cancer (Inca), de retour du congrès annuel de l'American Society of Clinical Oncology (Asco), qui a réuni à Chicago 35 000 spécialistes du monde entier.

Cette "médecine de précision" est déjà proposée en France à des patients souffrant de cancers du sein, du poumon, de leucémies, de tumeurs digestives et de mélanomes. "Le principe est de donner le bon médicament au bon patient, en se fondant sur le portrait moléculaire de la tumeur, plutôt que sur sa localisation", explique, dans Le Figaro (page 12), le Dr Antoine Hollebecque, cancérologue à l'institut Gustave-Roussy.

"On sait maintenant qu'il n'y aura pas un unique remède miracle contre le cancer, mais des dizaines de médicaments qui vont être bénéfiques à des petits groupes de patients. A nous de savoir les utiliser", explique Agnès Buzyn. Les thérapies ciblées ont déjà bouleversé la prise en charge du cancer du poumon (44 000 cas en France chaque année). "Chez les malades concernés, principalement des anciens ou des non-fumeurs, les traitements font gagner près d'un an supplémentaire de contrôle de la maladie, alors qu'ils n'ont qu'un effet marginal sur les autres tumeurs", constate, dans Le Figaro, le Dr Benjamin Besse, oncologue. De son côté, le Dr David Planchard, cancérologue à Gustave-Roussy, a présenté au congrès de Chicago les résultats préliminaires d'une étude qui montre l'efficacité d'un médicament sur la mutation du gène Braf, qui concerne 1,6% des tumeurs.

"Sans cette médecine personnalisée, des médicaments efficaces sur certains patients auraient été jetés à la pou­belle, car ils n'avaient pas d'effet sur le plus grand nombre", indique le Dr Hollebecque. Deux autres essais français (Moscato, qui concerne les cancers avancés, et Safir, ceux du sein), menés à Gustave-Roussy, ont été remarqués par la communauté scientifique réunie à Chicago.

"II n'y aura pas une nouvelle chimiothérapie à tester, mais dix ou vingt, qui pourraient arriver tous les ans", prévoit Agnès Buzyn, dans Libération. Qu'est-ce qui va évoluer pour les malades ? "Le traitement de base d'un cancer ne change pas, il reste le même : chirurgie, radiothérapie, ou chimiothérapie. C'est après que s'ouvrent de nouvelles perspectives, dans les traitements dits adjuvants, pour prévenir les rechutes ou en cas de récidive", explique la présidente de l'Inca. "Nous assistons à des gains de survie dans des situations cliniques de plus en plus précises, ajoute-t-elle. Nous allons avoir de grandes surprises pour certains traitements et être déçus pour d'autres. Il va falloir s'adapter et aller très vite dans les essais cliniques. Et sur ce point, la France est bien positionnée."

ANI : vers un système "à trois étages" ?


Miroir social (www.miroirsocial.com) consacre une longue interview d'Yves Daudigny, rapporteur PS de la commission des Affaires sociales du Senat, sur le projet de loi généralisant la complémentaire santé pour tous. Si ce texte constitue "une avancée incontestable" pour les salariés, ce sénateur reconnait un "télescopage" entre l'accord national interprofessionnel (ANI) et les annoncées faites par le président de la République au congrès de la Mutualité de Nice "d'une remise à plat des exonérations fiscales et sociales des contrats collectifs pour soutenir les contrats individuels de ceux qui en ont le plus besoin […] ».

Sur l'esprit de cette généralisation, Yves Daudidny formule deux remarques. Tout d'abord, cette mesure "va à l'encontre de la volonté politique, depuis une vingtaine d'année, de sortir l'assurance maladie du seul monde salarié pour en faire une protection sociale universelle". Ensuite, l'octroi aux salariés d'une couverture minimale "inférieure à celle de la CMU" – en cas d'échec des accords de branche ou d'entreprise – ouvre la voie à des surcomplémentaires. "Veut-on vraiment faire émerger un système d'assurance maladie a trois étages ?", interroge cet élu.

John Sutton et Jean-Michel Molins