Alerte sur la pilule de 3e génération

Victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) qu'elle impute à sa pilule contraceptive de troisième génération, une jeune femme de 25 ans attaque au pénal le laboratoire Bayer, une première en France, même si ce dernier a déjà fait l'objet de 15 000 plaintes aux Etats-Unis, révèle Le Monde de samedi (pages 1 à 3).

Marion Larat prenait depuis quatre mois la pilule de 3e génération Meliane®, lorsqu'un AVC l'a plongée dans le coma, le 13 juin 2006. Handicapée à 65 % et souffrant depuis de troubles de la mé­moire et du langage, elle a porté plainte vendredi contre le directeur général de Bayer santé pour "atteinte involontaire à l'intégrité de la personne humaine", indique Le Parisien (page 33).

La plainte de Marion Larat vise aussi le directeur général de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) qui, selon ses avocats, n'a pas demandé le retrait de cette pilule du marché, "en violation manifestement délibérée du principe de précaution".

Les laboratoires qui fabriquent les pilules de 3e génération ne nient pas les risques accrus de thrombose liés à leur contraceptif. Ils se protègent juridiquement en les mentionnant dans leurs notices, que bien peu d'utilisatrices lisent, souligne Le Monde (page 2). Mais cette mise en garde n'existait pas à l'époque où Marion prenait la pilule Meliane®.

La sonnette d'alarme avait déjà été tirée par la ministre de la Santé, qui annonçait, à la mi-septembre, la fin du remboursement de ces pilules par la Sécurité sociale pour septembre 2013. Cette décision avait été prise après les conclusions rendues par la commission de la transparence de la Haute Autorité de santé (HAS), qui a estimé leur service médical SMR) insuffisant et souligné "un risque de complications thrombo-veineuses (phlébites) deux fois plus élevé que chez les femmes sous pilules de 2e génération". Le risque est toutefois très faible, selon le ministère de la Santé, qui évoque "3 à 4 cas pour 10.000 utilisatrices", rapportent Les Echos (page 20).

Ce n'est pas l'avis de Nathalie Bajos, directrice de recherche à l'Inserm, qui dénonce "un scandale". "Une jeune fille sur deux demandant un contraceptif oral pour la première fois se voit prescrire une pilule de 3e ou 4e génération, explique-t-elle dans Le Monde. On prend le risque de la rendre handicapée ou de la tuer alors qu'existent des alternatives".

Mutuelles : débat sur les réseaux de soins
L'hebdomadaire Politis n° 1231 (pages 14 et 15) publie un débat sur les réseaux de soins mutualistes, suite à l'adoption le 29 novembre, à l'Assemblée nationale, d'une proposition de loi confortant le fonctionnement des ré­seaux de soins mutualistes.

Ce débat oppose Etienne Caniard à Didier Ménard, président du Syndicat de la médecine générale. "Le mouvement mutualiste, défenseur acharné d'un ré­gime obligatoire universel, le premier à se mobiliser en cas de désengagement de la Sécu, est accusé par les plus libéraux des médecins, ceux qui défendent les dépassements d'honoraires, d'être “complice“ de la “privatisation de la Sécu“ !", s'insurge le président de la Mutualité Française. "La raison profonde des nouvelles attaques est simple : le refus de toute régulation des dépenses de santé, estime Etienne Caniard. Cette raison étant inavouable, elle se dissimule derrière des slogans plus vendeurs : risque d'une médecine à deux vitesses, fin de la Sécu."

De son côté, Didier Ménard, président du Syndicat de la médecine générale, refuse que "la santé soit une marchandise", car, dès lors, elle est soumise "aux lois du marché de l'économie libérale". "Les grands perdants sont alors les malades et surtout les citoyens pauvres, estime-t-il. Les parcours de soins étant transférés aux mutuelles payantes, ceux qui n'ont pas les moyens d'y souscrire s'en trouvent privés."

Sans moyen de maîtriser l'augmentation des dépenses de santé, fait valoir Etienne Caniard, "les mutuelles sont contraintes d'augmenter le niveau de leurs cotisations". "Nous n'avons jamais cessé de le dire, ajoute-t-il. Nous priver de moyens de réguler les dépenses, c'est accepter le renoncement aux soins. C'est précisément ce que nous refusons."

John Sutton