59 médicaments dans le collimateur de l’Afssaps

Acomplia®, Alli®, Champix®, Gardasil®, Cervarix® : l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) publie sur son site Internet une liste de 59 médicaments sous surveillance. "L'existence de cette liste démontre que le Mediator® n'est pas un cas isolé", explique Bruno Toussaint, responsable de la revue Prescrire, au Parisien/Aujourd'hui.

Le ministre de la Santé a indiqué sa­medi que 76 molécules faisaient l'objet par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) d'une procédure spéciale de suivi d'éventuels effets indésirables. Une liste de 59 médicaments est désormais disponible sur le site Internet de l'Afssaps (afssaps.fr), indique Le Parisien/Aujourd'hui (pages 4 et 5) qui en publie un extrait. On y trouve notamment des traitements contre l'obésité (Acomplia®, Alli®), un médicament utilisé dans le sevrage tabagique (Champix®) et deux vaccins contre le cancer du col de l'utérus (Gardasil®, Cervarix®).

"L'existence de cette liste démontre que le Mediator® n'est pas un cas isolé", explique, dans ce quotidien, Bruno Toussaint, responsable de la revue Prescrire, qui a contribué à faire connaître les dangers du Mediator®. Selon lui, certaines des spécialités figurant sur cette liste auraient dû être retirées du marché depuis longtemps. Il cite notamment le cas de l'Arcoxia®, un anti-inflammatoire non stéroïdien.

Bruno Toussaint dénonce également "les dangers du Champix®, prescrit pour le sevrage tabagique, mais qui expose parfois à des problèmes psychiques". Il observe également que le Thelin®, utilisé contre l'hypertension artérielle pulmonaire, "devrait être proscrit" car il a entraîné "de graves problèmes au foie chez les patients et a provoqué des décès".

Bruno Toussaint dénonce surtout les conflits d'intérêts qui interfèrent dans la surveillance pharmacologique. "L'idée au départ est séduisante, juge-t-il. Il s'agit de recenser efficacement les effets secondaires des médicaments qui sont un peu limite, mais qui ont un intérêt. Le problème, c'est que ces contrôles ne sont pas faits par des experts indépendants, mais par les propres laboratoires qui ont fabriqué ces médicaments."

Par ailleurs, lors de la réunion d'hier avec le ministre de la Santé, les associations de victimes du Mediator® et l'UFC-Que Choisir, ont demandé la mise en place d'un fonds d'indemnisation alimenté par la solidarité nationale et géré par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et des affections iatrogènes (Oniam), rapportent Les Echos (page 5). Les associations souhaitent également que le laboratoire Servier contribue au financement du fonds d'indemnisation. "A défaut, il faudra que l'Etat puisse se retourner contre Servier pour récupérer ses fonds", estime Nicolas Godefroy de l'UFC-Que Choisir.

Un manifeste pour l'accès aux soins
Cent vingt médecins ont lancé hier à l'Assemblée nationale un "manifeste" dans lequel ils dénoncent "les mesures de restriction à l'accès aux soins", rapporte Le Parisien/Aujourd'hui (page 13). Le mouvement a pour origine le soutien à un praticien "désobéissant", le Dr Didier Poupardin de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Celui-ci est en conflit depuis plusieurs mois avec la caisse d'assurance maladie de son département, parce qu'il fait bénéficier systématiquement ses patients en affection de longue durée (ALD) d'un remboursement à 100% sur tous les soins.

"La Sécurité sociale demande aux médecins de faire des efforts pour combler le déficit de la Sécurité sociale. Mais ce déficit est lié aux ressources en baisse et non aux patients qu'on culpabilise comme s'ils étaient responsables de leur maladie", déplore ce médecin. Didier Poupardin souhaite qu'"un débat autour de la santé publique émerge dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012". Il est soutenu par de nombreux médecins installés dans les quartiers défavorisés de la banlieue parisienne, comme la Dre Jacqueline Fraysse, également députée, qui exerce à Argenteuil (Val-d'Oise). Elle vit au quotidien "une situation qui rend l'accès aux soins de plus en plus difficile" pour les ménages les plus modestes, comme les familles monoparentales.
Autre signataire, le Dr Christian Bensimon. "Tous les jours, je vois des patients venir me voir avec leur feuille de remboursement, s'inquiétant de n'y voir que des prélèvements de franchises et de dépassements d'honoraires", témoigne-t-il dans L'Humanité (page 8).
John Sutton