Complémentaire santé : « manque de cohérence »

Depuis le 1er janvier, tous les employeurs doivent proposer à leurs salariés une complémentaire santé collective. Dans un entretien au Figaro-économie (page 22), le président de la Mutualité Française souligne le fait que "même si cette mesure est positive (…) elle ne concerne que le monde salarié". Plus globalement, Etienne Caniard déplore "le manque de cohérence de l’action du gouvernement". "Les complémentaires santé sont aujourd'hui surtaxées (13,27%, contre 2,5%, il y a dix ans). Une telle ponction freine l'accès aux complémentaires. Or nous savons que le renoncement aux soins est deux fois plus important en cas d’absence de couverture complémentaire", regrette-t-il.

Les complémentaires santé sont aujourd'hui surtaxées. Une telle ponction freine l'accès aux complémentaires. Or nous savons que le renoncement aux soins est deux fois plus important en cas d’absence de couverture complémentaire.

En vue de cette généralisation, note le quotidien (page 22), les professionnels de l'assurance se sont livrés depuis des mois à une "guerre tarifaire féroce". "Les grands gagnants (…) ce sont ceux (mutuelles, assureurs ou institutions de prévoyance) qui s'étaient préparés à la réforme en accélérant leur mutation industrielle et en formant leurs réseaux commerciaux, écrit la journaliste Anne de Guigné. Harmonie mutuelle, Malakoff Médéric, Axa, Groupama, le Gan ou encore Crédit agricole assurances figurent parmi les bons élèves." "Les mutuelles ont beaucoup d'atouts pour développer leur offre, notamment un très bon accès aux petites entreprises, fait valoir Etienne Caniard. Cela dit, il est encore trop tôt pour dresser un premier bilan."

La guerre des prix va-t-elle fragiliser le secteur ?, interroge le journal "Nous sommes très vigilants pour inciter chacun à rester très raisonnable, affirme le président de la Mutualité Française. La marge technique des complémentaires est déjà faible, de l’ordre de 0,7 point. Nous craignons alors que certains acteurs, pour préserver leur rentabilité, compensent ces baisses de prix par des hausses sur d'autres segments. Et que ce soient les personnes déjà en situation de fragilité, car en dehors du marché du travail, qui se retrouvent pénalisées."

Selon Le Figaro, le plus complexe reste à venir pour les complémentaires santé. Dans le cadre de la loi de santé, le gouvernement "s'est attaqué à deux nouveaux dossiers" : le chèque santé pour les travailleurs précaires et les modalités tarifaires pour les salariés partant à la retraite et souhaitant maintenir leur couverture d'entreprise. Les trois grandes fédérations (FNMF, Ctip et FFSA) ont demandé un report de la publication des décrets, rappelle Le Figaro-économie. "Pour l'instant, nous n'avons aucun retour", regrette Etienne Caniard.

A lire aussi – Compte pénibilité : parution des derniers décrets

Les deux derniers décrets d'application du compte pénibilité, qui vise à alléger les conditions de départ à la retraite des salariés ayant exercé des métiers pénibles, sont parus au "Journal officiel" du 31 décembre. Les ministres des Affaires sociales et du Travail, Marisol Touraine et Myriam El Khomri, saluent "une mesure forte de justice sociale (…), qui permet de prendre en compte une des inégalités les plus criantes entre salariés, celle qui tient à l'espérance de vie, en fonction des travaux effectués au cours d'une carrière", rapportent Les Echos (page 5). Le dispositif vise à permettre à ces salariés de cumuler des points afin de partir plus tôt à la retraite, se former ou travailler à temps partiel.

Ces mesures sont entrées partiellement en vigueur au 1er janvier 2015 pour les quatre premiers critères : le travail de nuit, le travail répétitif, en horaires alternants ou milieu hyperbare. Le gouvernement avait accepté de repousser à juillet 2016 la mise en œuvre des six autres critères (postures pénibles, manutentions manuelles de charges, agents chimiques, vibrations mécaniques, températures extrêmes, bruit). Ce report fait l'objet d'un des deux décrets, décidé par le gouvernement pour donner aux entreprises le temps de s'adapter. L'autre décret confirme que les fiches d'exposition aux facteurs de pénibilité ne seront plus de la responsabilité des entreprises, mais des caisses de retraite.

Ces textes ont fait l'objet d'âpres discussions avec les organisations patronales, qui renouvellent leurs critiques. "Il est encore temps d'éviter une erreur économique historique", estime le Medef, dans Les Echos (page 5). Cette organisation dénonce un dispositif "des plus complexes et antiéconomiques imaginés depuis la mise en place des 35 heures qui va sans aucun doute accélérer les destructions d'emplois."

En bref

Social

– "Le boom des maisons de naissance." Le ministère de la Santé autorise neuf établissements à pratiquer des accouchements sans la présence d'une sage-femme ou d'un médecin. Les avis sont partagés. Le Parisien/Aujourd’hui page 11.

– "Gratuité des soins pour les victimes du terrorisme." Le décret améliorant et simplifiant les modalités de prise en charge des victimes d'actes de terrorisme par l'assurance maladie, prévoyant notamment la gratuité des soins instaurée par le PLFSS 2016, a été publié dimanche au JO. L'Humanité page 11 et Le Parisien/Aujourd'hui page 10.

– "Superrégions et sacrés défis pour les nouveaux présidents." Les présidents des sept nouvelles grandes régions où il y a eu fusion sont élus aujourd'hui. Le Parisien/Aujourd'hui page 4.

Santé

– "Pourquoi demander un deuxième avis en médecine ?" Un site Internet propose d'obtenir un second avis médical pour des pathologies graves. "Tentant, mais à manier avec précaution", estime Le Figaro-santé page 9.

– "Affaire de l'hépatite B : 17 ans d'enquête pour rien." Le parquet de Paris a rendu un réquisitoire de non-lieu dans le dossier des vaccins suspects contre l'hépatite B. "Va-t-on vers un nouveau fiasco judiciaire ?" interroge Le Parisien/Aujourd'hui page 13.

– "La fièvre de Zika s'empare du Brésil." La Martinique et la Guyane sont touchées à leur tour par des cas de malformations cérébrales chez les bébés. Les spécialistes se veulent rassurants. Le Journal du dimanche page 15.

– "Un vaccin de dengue." Après vingt ans de recherche et d'essais cliniques, Sanofi Pasteur a mis au point le premier vaccin contre cette maladie mortelle des pays émergents. L'Obs n° 2668, pages 66 à 68.

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)