Consommation de médicaments : la France championne d’Europe

Rien n'y fait : les Français ne peuvent pas se passer de médicaments ! C'est en tout cas ce qui apparaît une fois de plus dans l'enquête rendue publique hier par la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam).

Afin de mesurer l'écart qui sépare notre pays de ses voisins européens en matière de consommation médicamenteuse, l'assurance maladie a examiné les dépenses de 7 nations (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne, Suisse, Royaume-Uni) portant sur 8 familles de produits.

Premier résultat : la France reste en tête des dépenses par habitant, comme l'explique La Croix (page 7). En effet, en 2009, alors que les Allemands et les Espagnols ont respectivement dépensé 70 et 94 euros pour l'achat de médicaments, les Français ont déboursé 114 euros.

Selon la Cnam, rapportent Les Echos (page 5), ce montant s'explique par le fait que les médecins français "prescrivent moins de médicaments pour lesquels il existe une version générique, meilleure marché". Une situation que relève bien sûr de la responsabilité des médecins, mais comme l'indique le directeur de l'assurance maladie, Frédéric van Roekeghem, dans Le Figaro (page 22), les visiteurs médicaux sont en effet "efficaces" pour les persuader de prescrire les nouveautés…

En matière de volume, la France reste une "grosse consommatrice", même si, par assuré, poursuit le journal, la quan­tité de produits n'a augmenté "que" de 0,5% par an, entre 2006 et 2009. En matière d'antidépresseurs, l'Hexagone n'a plus le leadership, mais se positionne en troisième position. Pour la Cnam la maîtrise médicalisée des dépenses explique cette situation.

L'an dernier justement, précise La Tribune (page 5), "pour la première fois de la décennie, les remboursements des soins de ville ont respecté les objectifs d'augmentation qui leur étaient assignés". Ainsi, les dépenses ont enregistré une hausse de 2,8% par rapport à 2009, conformément à l'objectif national de dépenses de l'assurance maladie (Ondam) fixé.

Dans le détail, indique la Cnam, les médicaments ont connu une croissance "historiquement basse" de 2,3%, soit 18,54 milliards d'euros de remboursements. De leur côté, les dépenses de consultations ont plus ou moins atteint leur niveau de 2009, soit 16,33 milliards d'euros.

L'absence d'épisodes grippaux ne peut expliquer seule ces résultats de 2010. "La baisse des tarifs remboursés dans les secteurs des médicaments, des actes biologiques et de la radiologie" en est davantage responsable.

Réformer la politique du médicament
Afin d'évoquer les 10 propositions que vient de formuler la Mutualité Française, son président, Etienne Caniard, était hier, à 12 h 45, l'invité de France Info.

Ces propositions permettront d'alimenter le débat lancé par les Assises du médicament. Cette concertation collective dé­marrée le 17 février dernier par le m­i­nistre de la Santé vise à restaurer la confiance des Français sur le médicament fortement discrédité depuis l'affaire du Mediator®.

Malgré le contexte actuel, il ne faut pas "jeter le discrédit sur toute la chaîne du médicament", estime Etienne Caniard, En effet, le président de la Mutualité Française rappelle que "le médicament demeure un facteur majeur du progrès médical, mais que l'absence de sélectivité dans les conditions de mise sur le marché et les conditions de remboursement" posent problème.

Aussi, comme il l'observe également dans Le Quotidien du médecin, il faut "remettre de l'ordre dans le rôle de chacun des acteurs", car "aujourd'hui, on ne sait pas si les décisions sont prises au nom de la sécurité sanitaire, de la santé publique, d'une politique industrielle ou de l'équilibre des comptes de l'assurance maladie !".

Frédéric Lavignette