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Violences faites aux femmes : un grave problème de santé publique

Les violences faites aux femmes, perpétrées pour l’essentiel au sein du couple, ont de graves répercussions sur la santé des victimes, comme l’a montré un colloque organisé le 8 février, à Paris. Elles sont toutefois insuffisamment dépistées et prises en charge par les professionnels de santé, trop peu sensibilisés et formés sur ce thème.

Un mois avant la Journée internationale des fem­mes, le 8 mars, la chaire santé de Sciences po et ses partenaires, la Mutuelle générale de l’Education nationale (MGEN), La Mutuelle des étudiants (LMDE), Médecins du monde et le Planning familial, ont organisé un séminaire de réflexion visant à "mieux prendre en compte la santé des femmes". Parmi les thèmes abordés, celui des violences faites aux femmes. Un phénomène répandu mais insuffisamment diagnostiqué, selon la Dre Caroline Rey-Salmon, pé­diatre des hôpitaux, médecin légiste, coordinatrice des ur­gences médico-judiciaires de l’Hôtel-Dieu, à Paris.

Cette spécialiste rappelle la définition de ces violences telle qu’elle a été formulée en 1993 par l’Assemblée générale des Nations unies : "Les termes ”violence à l’égard des fem­mes” désignent tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préju­dice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée." "Il y a violence quand il y a destructivité, domination", ajoute Caroline Rey-Salmon.

"On peut distinguer six formes de violences : verbales, psychologiques, physiques, sexuelles, économiques et administratives", ajoute Françoise Brié, vice-présidente de la Fédération nationale Solidarité femmes, réseau regroupant les associations féministes engagées dans la lutte contre toutes les at­teintes faites aux femmes, notamment celles qui s’exercent au sein du couple et de la fa­mille. "Il y a une volonté de destruction de l’autre, les auteurs de violence considèrent généralement les femmes comme des êtres inférieurs", explique-t-elle. Avant d’ajouter : "C’est une question majeure de santé publique."

Espérance de vie réduite

La fréquence de ces actes est, en effet, plus qu’alarmante. "En 2009, 650.000 femmes de 18 à 75 ans ont signalé avoir été victimes de violences sexuelles hors et dans le ménage, 140 femmes ont perdu la vie sous les coups de leur compagnon ou leur ex-compagnon", selon le 3e plan interministériel de lutte contre les violences faites aux femmes 2011-2013. Pour sa part, l’Obser­vatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), qui cible, par voie d’enquêtes, les actes de sévices physiques ou sexuels subis par un ex-conjoint ou par le conjoint actuel sur deux ans, indique que 12,5 personnes de 18 à 75 ans sur 1.000 déclarent avoir subi de telles agressions, soit quelque 540.000 personnes, dont une large majorité de femmes (400.000).

"La famille est le lieu le plus violent qui soit", commente la Dre Caroline Rey-Salmon. Et "un tiers des femmes sont encore victimes de la violence de leur ancien mari ou ancien compagnon, surtout lorsqu’elles ont eu avec eux des enfants. Les femmes aux revenus les plus faibles, celles âgées de moins de 45 ans, et celles résidant dans de grandes agglomérations sont les plus touchées", précise-t-elle.

Les conséquences sur la santé sont nombreuses autant que désastreuses. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les femmes victimes de violences conjugales perdent entre une et quatre années de vie en bonne santé. Dépenses d’hospitalisation, consommation d’alcool et de produits psychotropes, stress post-traumatique sont en cause, in­dique pour sa part la Dre Caroline Rey-Salmon.

Réaliser un dépistage systématique

Le coût social est également très lourd : en France, il a été estimé à 2,5 milliards d’euros en 2006, dont 483 millions pour les soins de santé (recours aux urgences, hospitalisations, soins en médecine générale et en psychiatrie, consommation médicamenteuse). A cette somme s’ajoutent les frais de justice et d’hébergement d’urgence, les allocations diverses, le paiement des arrêts de travail, les pertes de production dues aux décès, aux arrêts de travail et à l’absentéisme, etc.

Il est donc essentiel de traiter les conséquences de ces violences. "Le problème est que le repérage par les professionnels de santé est très difficile", estime Caroline Rey-Salmon. "Les femmes qui les subissent en font peu fréquemment mention, surtout s’il s’agit de violences de nature sexuelle, la honte et la culpabilité étant les sentiments les plus fréquemment ressentis", poursuit-elle. De plus, "les femmes sont désormais de plus en plus victimes de violences psy­chologiques et économiques", qu’elles n’évoquent pas nécessairement, poursuit-elle.

"On pourrait repérer ces victimes dans les lieux de soins, mais les professionnels de santé ne sont pas suffisamment sensibilisés et formés à cette question des violences. Il faudrait y remédier." Pour Françoise Brié, "un dépistage systématique devrait être réalisé lors des consultations. Il faudrait interroger ces femmes quand elles sont seules".

Anne Baudeneau

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)