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Vaccin COVID-19 : pédagogie et transparence pour surmonter la défiance des Français

De nombreux Français expriment leurs réticences à se faire vacciner contre le Coronavirus. Le 3 décembre 2020, la Fondation Jean-Jaurès, en partenariat avec la Mutualité Française, a organisé une webconférence sur ce thème intitulée « Défiance, le mot de la crise sanitaire ? ». Elle réunissait Thierry Beaudet, Président de la Mutualité Française, auteur du « Journal d’une crise : de l’urgence du COVID aux soins du quotidien » aux éditions de l’Aube et Antoine Bristielle, expert associé à la Fondation, qui a réalisé l’étude « Vaccins : la piqûre de défiance ».

En introduction, Jérôme Guedj, Directeur de l’Observatoire des politiques sociales de la Fondation Jean-Jaurès, qui animait le débat, a rappelé que la défiance des Français vis-à-vis du vaccin contre le Coronavirus était perceptible dès la première vague du confinement.

Thierry Beaudet, Président de la Mutualité Française relevait ainsi le 24 mars 2020 dans son journal de bord : « "Pas encore trouvé, le vaccin est déjà combattu" ».

Cette défiance s’est accrue au fil des mois comme le prouve ces deux sondages :

La France en queue de peloton dans le monde

Le 3 décembre 2020, une enquête Ifop Fiducial, menée auprès de 1 003 personnes, indiquait que seuls 39% des Français avaient l’intention de se faire vacciner.

Le 5 novembre 2020, selon un sondage Ipsos réalisé auprès de 18 000 adultes dans 15 pays, 54% des Français acceptaient alors de se faire vacciner, soit 5% de moins qu’en septembre 2020.

A titre de comparaison en Europe : les Allemands y étaient prêts à 79%, les Britanniques à 69%, les italiens à 65%. Le taux se situait à 64% aux Etats-Unis. Les plus favorables à la vaccination étant les Indiens et les Chinois avec des taux respectifs de 87 et 85%.

Puis Thierry Beaudet et Antoine Bristielle ont passé en revue les causes de cette défiance et les pistes à creuser pour rétablir la confiance.

Crainte des effets secondaires et complotisme

« Les doutes quant à l’efficacité du vaccin et la crainte d’éventuels effets secondaires après sa mise au point rapide expliquent en grande partie ces réticences » analyse Antoine Bristielle, professeur agrégé en sciences sociales, chercheur à Sciences Po Grenoble qui a réalisé une étude sur le manque de confiance des Français dans le vaccin contre la COVID-19 pour la Fondation Jean-Jaurès.

Il rappelle l’origine de cette défiance : « Les campagnes de vaccination contre l’hépatite B (vaccin incriminé dans l’apparition de cas de sclérose en plaques à la fin des années 90) et la grippe H1N1 en 2009 ont semé la confusion dans l’opinion publique. Une partie de la population pense que la campagne de vaccination sert à enrichir l’industrie pharmaceutique dans le cadre d’une collusion avec le Gouvernement ».

En cause, les théories conspirationnistes sur l’origine de l’épidémie et sur le vaccin qui circulent sur les réseaux sociaux. Le succès du documentaire « Hold Up » en atteste (6 millions de vues recensées au 20 novembre 2020 selon la rubrique ChekNews du quotidien Libération).

Perte de confiance dans les scientifiques

Pas facile dans ce contexte de faire émerger des vérités car « phénomène nouveau, on note une chute de la confiance des Français dans les scientifiques alors que leurs recommandations sanitaires faisaient autorité auprès de la population » conclut Antoine Bristielle.

Les jeunes moins concernés par la vaccination

Si l’on analyse par tranche d’âge : les jeunes, moins touchés par la pandémie, considèrent qu’ils ont plus à perdre en se faisant vacciner qu’en ne le faisant pas. A l’inverse, les seniors sont moins sceptiques car ils ont en mémoire l’éradication de la polio, la variole ou de la rougeole grâce à la vaccination.

Montée de l’individualisme, hostilité aux institutions

« Une montée de l’individualisme au détriment de l’altruisme » caractérise également cette défiance selon Thierry Beaudet, Président de la Mutualité Française qui retient aussi la perception par les Français d’un « Etat, puissant, vertical et lointain qui considère la santé publique et la politique vaccinale comme étant une vérité qu’il n’est pas besoin d’expliquer ou de partager ».

Autre raison évoquée au cours de la conférence organisée par la Fondation Jean-Jaurès : la recommandation vaccinale étant identifiée au pouvoir, ne pas la suivre symbolise une forme d’opposition à cette autorité.

Pédagogie et transparence

Pour Antoine Bristielle et Thierry Beaudet, le remède est clair : seules la pédagogie et la transparence redonneront confiance aux Français. « Il faut combattre le doute par la transparence. Expliquer les méthodes de recherche de ce nouveau vaccin, faire part des tests effectués et ne rien cacher des possibles effets indésirables. » détaille le Président de la Mutualité Française.

Il propose ainsi de mobiliser les médecins généralistes, pour rassurer les patients et l'ensemble des acteurs politiques, économiques et éducatifs au niveau régional pour être au plus près du terrain.

Thierry Beaudet souhaite enfin lancer une conférence citoyenne pour « revivifier la démocratie qui souffre d’une crise. Redonner la parole aux citoyens qui ont l’impression d’être infantilisés aujourd’hui. Il faut que les Français se réapproprient les sujets qui les concernent ».

La campagne de vaccination

  • En janvier et février 2021, les résidents et les soignants en établissements seront les premiers vaccinés (soit 1 million de personnes).
  • En mars, la campagne concernera les autres seniors de plus de 65 ans et les professionnels de santé et du médico-social de plus de 50 ans atteints de pathologies (14 millions de personnes ciblées).
  • Au printemps, la vaccination sera destinée au reste de la population française.
  • La vaccination sera gratuite, pas obligatoire.
  • 1,5 milliard d’euros sont consacrés à cette campagne dans le budget 2021 de la Sécurité sociale.
  • 200 millions de doses ont été achetées en France.
  • Le vaccin nécessitera 2 injections.

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