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Un livre pour éviter les pièges de l’alcool

"Alcool quand tu nous abuses… Pour éviter les pièges ou en sortir" : c'est le titre d'un ouvrage publié le 29 mai. Coédité par la Mutualité Française et les éditions Pascal, il alterne témoignages, données scientifiques et conseils pratiques pour évaluer sa propre consommation ou ne pas sombrer dans l'alcoolisme. A lire sans modération.

"Je crois que je me suis rendu compte que j’étais dépendante une fois que je ne l’étais plus. Mais pas au moment où je l’étais." Virginie, 29 ans, revient sur cette époque de sa vie où elle a progressivement sombré dans l’alcoolisme. Maintenant qu’elle a retrouvé une vie équilibrée, un travail, une vie de couple, elle évoque avec émotion ses "deux ou trois années noires" et cette "réalité cruelle qu’elle n’a jamais oubliée".

Son témoignage poignant est extrait du livre "Alcool quand tu nous abuses… Pour éviter les pièges ou en sortir", coédité par la Mutualité Française et les éditions Pascal. Cet ouvrage est sorti en librairie le 29 mai 2007. Il a été écrit par plusieurs auteurs sous la direction de Roger Lenglet, journaliste d’investigation en santé publique et responsable de la collection Polar santé éditée par la Mutualité Française. Ce livre alterne témoignages, entretiens, données scientifiques ou encore définitions et conseils pratiques. Il apporte un éclairage précieux sur l’alcool.

Autres boissons, nouvelles tentations

L’accoutumance peut débuter à l’adolescence. Comme le rappelle Virginie, à l’âge de 15 ans, on a envie de faire la fête, ce qui n’est pas sans risque. Pour preuve, Virginie décrit ces concours à celui qui boira le plus de " cercueils ", des mélanges d’alcools forts dont le nom est révélateur ! C’est dès cette période qu’il faut être particulièrement vigilants à certains signaux d’alerte : bien tenir l’alcool, besoin de rechercher des sensations, consommer des substances psychoactives...

Pour capter le "marché " des jeunes, les alcooliers n’hésitent d’ailleurs pas à créer des "mélanges de sodas et d’alcools type bières, vodka, whisky et autres spiritueux", explique le Dr Alain Rigaud, président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) dans cet ouvrage. Le but est de "séduire les jeunes et les femmes, les faire boire en plus grand nombre et leur vendre de plus grosses quantités d’alcool, ajoute-t-il. En fait, ils veulent accroître le nombre de consommateurs pour compenser la réduction du volume consommé par personne." Ce n’est pas tout : à ces nouvelles boissons appelées "premix" et "alcopops", viennent désormais s’ajouter les concepts de "happy hours", heures pendant lesquelles l’alcool est moins cher ou gratuit, mais aussi "open bar", où seule l’entrée est payante mais pas les boissons…

Devant ce constat, les auteurs déplorent "les faiblesses du monde politique face au lobbying des groupes économiques dont les intérêts contredisent la santé publique". Pour Alain Rigaud, les chiffres parlent d’eux-mêmes : "Les alcooliers consacrent à la promotion de leurs produits 236 millions d’euros par an, alors que les moyens accordés à la prévention du risque alcool sont de l’ordre de 10 millions d’euros par an."

Le travail, "facteur de fragilisation"

Il n’y pas que les ambiances festives qui sont propices à l’alcool. Comme le montrent les auteurs, le monde du travail peut constituer "un fort facteur de fragilisation psychologique", pouvant entraîner une dépendance. Plusieurs études récentes mettent en évidence un "durcissement des pratiques managériales", perçues par les collaborateurs comme "tyranniques", "usantes" ou encore "abusives". Et il s’avère que le risque de développer une dépendance est 27,5 fois plus élevé pour un homme ayant un travail stressant, à forte pression psychologique et sans latitude de décision. A noter également que "le pourcentage de buveurs augmente nettement avec les diplômes : 81,4% pour les niveaux bac ou supérieur, contre 69,6% pour les autres !"

Ces incitations à boire se retrouvent régulièrement dans la vie quotidienne et les soirées entre amis. Une histoire intitulée La "rabat-joie" illustre la gêne d’une jeune femme qui ne boit pas d’alcool. Elle a sans cesse le sentiment d’être "l’intrus" et de redevenir "la gamine au milieu des adultes". Mais son attitude aboutit à une prise de conscience collective autour d’elle. Comme le dit un personnage de cette histoire, l’alcoolique, "on le voit différemment, on pense qu’il est seul chez lui ou qu’il boit du rouge le matin au réveil, pas que c’est notre bon copain avec qui on s’amuse tant", réagit une amie. Il faut donc sortir des clichés d’hommes "accrochés au comptoir du bar", ou de femmes "aux traits gonflés sous un maquillage excessif"...

Pour permettre à chacun d’évaluer son comportement face à l’alcool, cet ouvrage propose un questionnaire. La "progressivité du risque alcool" est expliquée en mettant l’accent sur le "phénomène qui conduit un consommateur d’alcool à passer, en quelques années, d’un usage modéré à un usage à risque, puis d’un usage à risque à une dépendance". Cette auto-évaluation est complétée par de nombreux conseils et des thérapeutiques existantes : sevrages, cures, prises en charge psychologique, groupes d’entraide… En somme, un ouvrage à consommer sans modération !