Toxicomanie et sida : la méthadone enfin reconnue

Jusqu'en 1993, le programme méthadone compte en France seulement 52 places pour 150.000 à 200.000 toxicomanes à l'héroïne. Le retard français dans le traitement de la toxicomanie est considérable en comparaison d'autres pays, comme les Etats-Unis. Il s'explique notamment par la loi de 1970, qui assimile tout usager de drogue à un délinquant. La France privilégie alors une seule approche thérapeutique : le sevrage, accompagné d'une prise en charge psychologique.

A cette époque, l'épidémie de sida frappe de plein fouet les toxicomanes, en raison du partage des seringues entre héroïnomanes. La méthadone apparaît alors comme la meilleure solution pour réduire les risques : ce dérivé opiacé se substitue à l'héroïne, élimine les symptômes de sevrage sans provoquer d'effet euphorique. Le traitement par méthadone permet au toxicomane de reprendre une vie sociale et lui évite de mettre sa vie en danger.

Conscient de cet enjeu, le président de la Mutualité Française, Jean-Pierre Davant, s'envole pour les Etats-Unis et visite le centre de substitution du Dr Robert Newman, à New-York. Avec 1.200 lits en 1994 et plus de 8.000 patients pris en charge, son programme est le plus ancien et le plus important des Etats-Unis.

De retour en France, Jean-Pierre Davant met sa notoriété au service des intervenants en toxicomanie et alerte l'opinion. Au congrès de la Mutualité Française de septembre 1994, à Bayonne, le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, reconnaît : "La Mutualité m'a convaincu." Le carcan se desserre. En juin 1995, Jean-Pierre Davant contribue à l'ouverture du premier centre mutualiste de distribution médicalisée de méthadone. Il s'agit du centre Emergence Espace Tolbiac, créé par la Mutualité Fonction publique (MFP) à Paris.

En 2003, plus de 100.000 patients ont bénéficié d'un traitement de substitution, 20% sous méthadone et 80% sous buprénorphine (Subutex®), dont la prescription est autorisée par les médecins libéraux. Grâce à la politique de réduction des risques, le nombre de contaminations par le virus du sida a connu une "chute spectaculaire" chez les toxicomanes, souligne l'Institut national de prévention et d'éducation à la santé (Inpes).