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Nouveaux traitements du cancer (volet 1/4) : comment les chimiothérapies orales bouleversent la prise en charge des patients

Les chimiothérapies orales se développent à un rythme soutenu depuis plusieurs années. Si elles facilitent l'administration du traitement, ces thérapies ciblées vont aussi de pair avec une plus grande solitude du patient face à celui-ci. Elles ont également des conséquences sur l'activité des professionnels de santé en ville, contraints de s'adapter au "virage ambulatoire" de la prise en charge des cancers.

"Il ne passe pas un mois sans que quelque chose de nouveau arrive ! Alors que les dix premières années de ma carrière en oncologie se sont déroulées dans une morne plaine thérapeutique, avec l'apparition d'un seul nouveau médicament, aujourd'hui, l'évolution des traitements anticancéreux se fait à un rythme inédit!", constate le Pr Jean-Yves Blay, directeur général du centre de lutte contre le cancer Léon Bérard de Lyon, à l'occasion des Rencontres de l'Institut national du cancer (Inca), le 4 février 2016.

"Je trouve la période plus passionnante, mais j'avoue que je suis tout aussi déstabilisé que les patients, les médecins généralistes ou les pharmaciens devant ce phénomène", reconnaît cet oncologue.

Quelles sont ces nouvelles thérapies ? Ce sont des traitements spécifiques, dits thérapies ciblées, basés sur une meilleure compréhension de la biologie des tumeurs cancéreuses et du rôle de la génétique dans leur formation.

La dynamique des thérapies ciblées

 Infographie de l'Institut national du cancer, Inca, sur les thérapies ciblées dans le cas de cancers.

Les thérapies ciblées bloquent des mécanismes spécifiques des cellules cancéreuses. Sur la période 2010-2014, elles ont représenté, avec les immunothérapies (stimulation des défenses immunitaires contre les cellules cancéreuses), 71% des anticancéreux mis sur le marché.

"La médecine de précision, fondée sur l'analyse des caractères biologiques et génétiques de la tumeur du patient, est en plein essor, notamment en France où son déploiement est activement soutenu. Les immunothérapies spécifiques du cancer s’installent et viennent encore enrichir l’arsenal thérapeutique", confirme une note de l'Inca sur la chimiothérapie orale du cancer en 2014.

Innovations thérapeutiques

Un nombre croissant de molécules per os, c'est-à-dire à consommer oralement, est à disposition du corps médical pour prendre en charge les cancers. Pas moins de 73 médicaments anticancéreux par voie orale étaient disponibles fin 2014, dont la majorité appartient à la classe des thérapies ciblées, rappelle l'Inca.

Outre une administration facilitée, les anticancéreux per os sont très souvent des innovations thérapeutiques. Certains sont même devenus le traitement de référence dans la pathologie qu'ils traitent, à l'image des inhibiteurs de tyrosine kinase (enzyme), dans le traitement de la leucémie myéloïde chronique.

Solitude face au traitement

Quelles conséquences pour notre système de santé ? Face à l'essor des chimiothérapies orales, c'est toute l'organisation des soins qu'il faut adapter pour mieux coordonner et sécuriser la prise en charge des malades.

D'abord parce que ces traitements se prennent à la maison, loin de l'hôpital. Ensuite, parce que, contrairement aux chimiothérapies dites conventionnelles, les thérapies ciblées sont des traitements au long cours, qui peuvent s'étendre sur plusieurs années. Résultat : le patient, qui prend seul la responsabilité du traitement à domicile, peut se trouver confronté à des difficultés, qui jouent sur son adhésion au traitement, souligne l'Inca, évoquant "un sentiment de solitude face à la prise en charge du cancer et à la survenue d'effets indésirables".

Cette solitude n'épargne pas les professionnels de santé de premier recours, qu'ils soient médecins généralistes, pharmaciens d'officine ou infirmiers libéraux. Subitement chargés du suivi en ville de ces patients éloignés de l'hôpital, ils ne bénéficient pas d'une information spécifique sur les traitements actuels. Rarement confrontés à ces médicaments de précision, ils sont souvent démunis face à des prescriptions établies par des spécialistes hospitaliers.

Un désarroi d'autant plus préoccupant que, note l'Inca, "la fréquence des effets indésirables associés aux anticancéreux per os, leurs spécificités et niveaux de gravité restent élevés" et les interactions médicamenteuses sont particulières.

Education thérapeutique du patient

Le Plan cancer 2014-2019 prévoit un certain nombre d'actions pour pallier ces difficultés. Parmi les pistes évoquées : l'élaboration de recommandations pour le suivi et la gestion des effets indésirables des anticancéreux par voie orale, des outils d'information pour les professionnels de premier recours, une meilleure coordination entre professionnels de santé en ville et à l'hôpital, via le déploiement d'outils de communication tels que le dossier communicant en cancérologie (DCC) ou encore la mise en œuvre de protocoles de coopération entre professionnels.

"Nous constatons déjà, avec l'apparition des thérapies ciblées, un changement radical d'interaction avec la ville, assure le Pr Blay : il ne se passe pas un jour, sans que j'ai sur mon courrier électronique un message d'un médecin généraliste qui me questionne sur un traitement. C'est une nouvelle manière de travailler ensemble. Il faut changer les modalités de communication, les simplifier, aller au plus direct. Le courrier du spécialiste au généraliste n'a plus de sens : les médecins généralistes devraient avoir un accès simple au dossier du patient".

Il s'agit, parallèlement, de développer de nouvelles compétences et de nouveaux métiers, comme celui d’infirmier coordonnateur en cancérologie. Le plan cancer accorde également une grande place à l'éducation thérapeutique du patient (ETP), premier acteur de sa prise en charge, grâce à la formation des professionnels et l'élaboration d'outils d'information. Enfin, la loi de modernisation de notre système de santé promulguée fin janvier 2016, prévoit un certain nombre de mesures relatives au parcours de santé, dans l'idée d'accompagner le virage ambulatoire du traitement du cancer.

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Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)