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Réseaux de soins : « Les mutuelles sont légitimes »

Nicolas Bouzou, économiste et directeur des études à la Law and Management School de Paris II Assas.

Nicolas Bouzou, économiste, a réalisé en juillet dernier une étude intitulée "Les complémentaires santé. Vers un rôle accru dans la régulation des dépenses". Pour ce directeur des études à la Law and Management School de Paris II Assas, les réseaux permettent de "réduire le reste à charge des patients".

Dans votre étude, vous notez que "les organismes complémentaires devraient pouvoir développer des dispositifs pour réguler les dépenses qui leur incombent". Pour ce travail, vous avez analysé les réseaux mutualistes dans le secteur de l’optique. Quels sont leurs avantages pour les usagers, les complémentaires et les opticiens ?

Nicolas Bouzou – Pour cette étude, j’ai regardé comment la création de réseaux par les complémentaires santé change la donne et a un effet sur la dépense. J’ai constaté que, dès lors qu’il existe un réseau conventionné dans un secteur géographique, tous les opticiens – y compris ceux qui ne sont pas conventionnés – modèrent leurs tarifs. Les réseaux permettent donc de réduire le reste à charge des patients et, à plus long terme, de limiter l’augmentation des cotisations. Sur une longue période, le conventionnement concourt à la solvabilisation du système de santé, ce qui bénéficie au patient et aussi à l’ensemble des opticiens-lunettiers.

Les arguments soulevés par les opticiens libéraux pour s’opposer aux réseaux conventionnés résistent-ils à votre étude ?

Nicolas Bouzou – Absolument pas. Quels sont ces arguments ? Ces professionnels de santé mettent en avant le fait que le conventionnement mènerait tout droit vers une organisation à l’américaine, c’est-à-dire un système dans lequel l’adhérent n’est remboursé que s’il consulte au sein d’un réseau fermé et organisé par son assureur. Dans le cas présent, c’est faux ! Les adhérents conservent leur liberté de choix, car le conventionnement proposé par les mutuelles met en place un système de bonus – l’adhérent obtient un meilleur remboursement s’il se rend auprès d’un professionnel conventionné – et non de malus.

Pourquoi les lunettes sont-elles si chères ?

Nicolas Bouzou – Sur le marché classique, la régulation des prix s’opère du fait que la demande s’affaiblit quand les prix sont trop élevés. Ce n’est pas le cas avec les soins. On constate que l’augmentation des prix ne pèse pas sur la demande. En effet, le marché de la santé est caractérisé par une asymétrie de l’information. Un prix élevé est considéré comme un gage de qualité par les usagers. C’est pourquoi il faut introduire une autre forme de régulation à l’heure où plus de deux millions de personnes renoncent ou reportent l’achat de lunettes de vue pour des raisons financières.
La création de réseaux conventionnés permet de réduire cette asymétrie en garantissant aux usagers le meilleur rapport qualité-prix. Dans ce domaine, les complémentaires sont tout à fait légitimes pour développer des dispositifs de régulation puisqu’elles interviennent pour 66 % dans la prise en charge des dépenses d’optique, quand l’assurance maladie ne rembourse que 4 % des frais engagés.

Milène Leroy

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)