Renforcer la prévention pour réduire les dépenses de santé

Dans son Panorama 2016, l'OCDE préconise plusieurs pistes afin d'optimiser les dépenses de santé. Même si son système de soins est reconnu pour son efficacité, la France pourrait cependant alléger son budget en renforçant un de ses points faibles : la prévention.

Pour bien économiser d'un côté, il est parfois préférable de bien dépenser d'un autre. Telle est l'une des conclusions qui se dégage du nouveau Panorama de la santé européen 2016, mené conjointement par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne (UE).

Le regard posé sur la santé européenne par les deux institutions montre en effet que les maladies chroniques (crises cardiaques, AVC, diabète ou cancer), ainsi que celles liées aux facteurs à risque (obésité, tabagie, consommation d'alcool) pèsent lourdement dans les budgets des pays de l'Union : annuellement, 115 milliards d'euros leur sont consacrés en dépenses sociales, soit 0,8% du PIB.

La prévention, un "maillon faible"

Dans les vingt-huit pays de l'Union européenne, les maladies chroniques sont responsables du décès de 550.000 Européens en capacité de travailler. En termes de coût, il faut additionner les dépenses liées aux soins, celles afférentes aux pensions d'invalidité et aux arrêts maladie, et celles induites par la diminution des ressources consécutive aux 3,4 millions d'années potentielles de vie productive en moins.

Si les Etats de l'Union européenne consacraient davantage de moyens à la prévention des maladies chroniques, d'importantes économies pourraient être générées, indique l'OCDE. C'est aussi le cas de la France, pays reconnu pour "la qualité de son système de soins de la santé", mais dans lequel la prévention reste "un maillon faible". En 2014, les dépenses de prévention représentaient environ 2% des dépenses courantes de santé, contre 3% en moyenne dans les pays de l'Union. Afin de réduire les facteurs de risque, il faut donc maintenir sans relâche les politiques déjà amorcées, écrit l'OCDE, surtout auprès des jeunes.

Le recul de l'alcool

En la matière, observe le document, la France a fait des efforts pour réduire la consommation quotidienne de tabac. Notamment en augmentant le prix des cigarettes et en introduisant le paquet neutre le 1er janvier 2017. Toutefois, ces initiatives sont encore insuffisantes, puisque la population qui fume tous les jours reste supérieure à la moyenne des pays européens avec 22,4% en 2014, contre 21% pour la moyenne européenne.

En outre, "la prévalence du tabagisme chez les adolescents de 15 ans est alarmante en France ; près d'un adolescent sur cinq déclare fumer au moins une fois par semaine (par rapport à une moyenne d'un sur sept parmi les pays de l'UE). "Côté alcool, un recul de la consommation est observé dans l'Hexagone, mais celle-ci "demeure plus élevée que dans les autres pays européens, avec une moyenne de 11.5 litres d'alcool pur par habitant, contre 10 litres en moyenne dans les pays européens." Selon Angel Gurría, le secrétaire général de l'OCDE, "de nombreuses vies supplémentaires pourraient être sauvées si les normes de soins étaient fixées au plus haut niveau dans tous les pays de l'UE".

En terme budgétaire, cette accentuation de la prévention pourrait alléger les dépenses de santé. Comme le note le Panorama, la France, tout comme l'Allemagne et la Suède, consacre 11% de son PIB à ces dépenses, lesquelles devraient augmenter en raison, notamment, du vieillissement de la population. D'autres pistes d'économies mériteraient d'être étudiées, pointe l'OCDE : la réduction des séjours à l'hôpital en faveur de la chirurgie ambulatoire, le développement des médicaments génériques ou encore le renforcement de la vaccination.

Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)