Quel modèle économique pour les mutuelles ?

De gauche à droite : Thierry Pech, Thierry Martel, Dominique Joseph et Emmanuel Roux, le 11 juin à Nantes.

Comment concilier utilité sociale et performance économique ? Les potentialités et les opportunités du modèle d’entreprendre mutualiste étaient au cœur de la première table ronde du congrès.

Thierry Pech, directeur général du think tank Terra Nova : "La Mutualité peut entrer dans un nouvel âge."

20150611_Pech"La Mutualité peut entrer dans un nouvel âge, à condition de saisir les opportunités du siècle qui s’ouvre. D’abord, les demandes de biens et de services en santé évoluent fortement et rapidement. Les acteurs capitalistiques classiques ne peuvent y répondre seuls. On assiste à une crise de légitimité et d’efficacité des acteurs publics. L’espace naturel d’acteurs comme les organismes mutualistes va être de plus en plus important. En outre, les valeurs de l’économie collaborative, véhiculées par la révolution digitale, sont proches de celles du mouvement mutualiste."

Thierry Martel, directeur général de Groupama SA : "Un modèle humain, efficace, moderne et responsable."
20150611_Martel"Le modèle mutualiste, tel que nous le pratiquons, comporte quatre dimensions qui sont des atouts dans l’économie de marché. C’est un modèle humain qui repose sur deux axes fondamentaux : la proximité et la confiance. C’est un modèle efficace, de long terme, qui nous permet de ne pas surréagir à des crises conjoncturelles, ce qui est la clé d’un modèle social équilibré. C’est un modèle moderne, précurseur des réseaux sociaux, car il crée du lien social sur une base à la fois professionnelle et géographique. Enfin, c’est un modèle d’entreprendre responsable."

Dominique Joseph, trésorière générale adjointe de la Mutualité Française : "Notre rôle d’acteur global de santé est un élément fort de différentiation."

20150611_Joseph"Le domaine d’intervention des mutuelles ne se limite pas à la complémentaire santé. Nous devons mettre en avant nos actions de prévention et de promotion de la santé, l’action sociale et les fonds sociaux que portent toutes les mutuelles santé, et nos 2.500 services de soins et d’accompagnement mutualistes (Ssam), qui permettent un véritable maillage du territoire. Notre rôle d’acteur global de santé est un élément fort de différentiation."

Emmanuel Roux, directeur général de la Mutualité Française : "Faire évoluer les fondamentaux du droit mutualiste."

20150611_Roux"Nous avons engagé une grande réflexion sur la pérennité de notre modèle. Aujourd’hui le droit mutualiste freine les initiatives. Nous avons besoin de faire évoluer ses fondamentaux : ouvrir notre gouvernance à d’autres formes d’intervention, comme la protection sociale collective ; pouvoir organiser le principe une personne/une voix pour faire place à des personnes morales ; équilibrer le partage des compétences entre ce qui relève d’une assemblée générale et d’un conseil d'administration, et trouver un équilibre entre la gouvernance politique et la gouvernance opérationnelle."

 

Un modèle solidaire et utilitaire

La séance plénière, qui a ouvert les débats au premier jour du 41e congrès de la Mutualité, a d’emblée plongé les mutualistes dans le vif du sujet. Intitulée "Un nouveau modèle économique pour les mutuelles : renforcer l’assise économique des mutuelles et conforter leur identité ?", la table ronde s’est déroulée en deux temps, autour de deux questions majeures :

  • Quelles sont les potentialités du modèle mutualiste et les opportunités qui s’offrent à lui aujourd’hui ?
  • Face au risque de banalisation et à la forte évolution de l’environnement des mutuelles, comment relever le défi consistant à allier performance économique et ambition sociale ?

Parmi les thèmes évoqués figurait la question de la refonte du Code de la Mutualité, un chantier majeur que la FNMF avait lancé lors de ses Journées de rentrée en octobre 2013.
Pour traiter ces sujets, la Mutualité Française avait invité deux intervenants extérieurs : Thierry Pech, directeur général du think tank Terra Nova, et Thierry Martel, directeur général de Groupama SA. Tous deux ont débattu avec la trésorière générale adjointe de la FNMF, Dominique Joseph, et le directeur général de la Mutualité, Emmanuel Roux.

Le secteur mutualiste était ainsi représenté dans sa globalité, entre mutuelles santé, régies par le Code de la Mutualité, et mutuelles d’assurance, comme Groupama, qui relèvent du Code des assurances et dont le modèle d’entreprendre non lucratif est très proche.

Les débats interrégionaux qui ont précédé le congrès l’ont montré : le modèle d’entreprendre mutualiste doit évoluer. Comme le souligne le rapport du congrès, "la refonte du Code de la Mutualité est pensée dans une logique de renforcement des spécificités (…). [Elle] vise donc à conforter le modèle mutualiste tout en rendant son modèle d’entreprendre efficace et donc au service de la performance sociale."

CONFIANCE_500x500

Une ambition qui répond aux attentes de la société. Un sondage, réalisé en mai 2015, pour la Mutualité Française, par le Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (Cecop) révèle en effet que 72% des Français font confiance à leur mutuelle, en mettant en avant des critères à la fois solidaires (aide aux plus démunis, non-sélection des adhérents) et utilitaires (rapidité et bon niveaux des remboursements), ainsi que la qualité des services proposés.

Toutefois, les mutuelles ne pourront pas continuer à assurer leur rôle d’acteur global de santé sans un modèle économique solide et des marges de manœuvre élargies. Tout l’enjeu sera donc d’articuler cet impératif avec celui d’utilité sociale.

Sophie Lecerf

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)