Paris : des « ados » découvrent les dangers des addictions

A Paris, au coeur du Quartier latin, des lycéennes et lycéens ont bénéficié, fin novembre, d’un "après-midi santé". Ces élèves ont suivi un itinéraire de prévention sur l’alcool, le tabac et le cannabis. Cette initiative est mise en place par l’espace "information et prévention santé" de la Mutuelle générale de l’Education nationale (MGEN), en partenariat avec La Mutuelle des étudiants (LMDE) et le centre Emergence espace Tolbiac. Objectif : sensibiliser les jeunes pour contribuer à une réduction des conduites addictives.

Un cortège bruyant descend le boulevard Saint-Michel. Fin novembre, à Paris, le Quartier latin est le théâtre de la colère des étudiants. Au numéro 51, à deux pas de la place de la Sorbonne, la Mutuelle générale de l’Education nationale (MGEN) organise dans son espace "information et prévention santé" un "après-midi santé" avec La Mutuelle des étudiants (LMDE) et le centre Emergence Espace Tolbiac. Thème de cette demi-journée : "Tabac, alcool et cannabis".

Indifférents au brouhaha extérieur, une trentaine de lycéennes et lycéens ont investi l’espace Saint-Michel de la MGEN pour participer à cette manifestation. Ces jeunes, en majorité mineurs, sont en classe de seconde de brevet d’enseignement professionnel (BEP), carrières sanitaires et sociales, au lycée Jacques-Monod (Paris). Cette visite a été planifiée par leur professeure de vie sociale professionnelle, Mama Doucouré.

La stratégie des alcooliers pour séduire les jeunes

Sur le stand "alcool", animé par David Betolngar, responsable de prévention à la LMDE, une dizaine de jeunes filles écoute Roland, un étudiant qui participe à cette action. Il leur propose de tester la vitesse d’élimination de l’alcool grâce à un simulateur d’alcoolémie, le Simalc. "Qui veut bien me donner son âge, son poids et sa taille ?", interroge Roland. Le groupe d’élèves choisit, en guise d’exemple, une femme âgée de 42 ans, d’un poids de 54 kg pour 1,60 m. Roland entre ces données dans le "Simalc"puis imagine un scénario de consommation, tout en enregistrant les données dans l’appareil.

"Si cette personne boit trois verres de vin de 10 centilitres à 12 heures puis mange un repas complet, elle atteindra un taux de 0,68 g d’alcool par litre de sang dès 14 heures. La courbe d’alcoolémie diminuera à partir de ce moment-là et l’alcool sera totalement éliminé à 18 h 30", explique-t-il, tout en montrant la courbe affichée sur l’écran de l’appareil. "A un taux de 0,68 g, le risque d’accident, pour une personne au volant, est multiplié par 7 !", poursuit-il.

Nouvelle étape de ce parcours : les jeunes filles sont invitées à tester leurs réflexes en situation d’alcoolémie. Elles slaloment entre des plots. Pour effectuer l’animation "Teste-toi quand tu bois !", elles sont équipées de lunettes spéciales qui reproduisent la vision d’une personne sous l’emprise de l’alcool. "Ca tangue", lance l’une d’elles, tandis que son pied heurte l’un des plots. "Les lunettes que vous portez procurent la vision de quelqu’un qui a bu quatre à cinq verres", explique Aurélie, étudiante, participant également à cet après-midi.

A cet âge, les enquêtes montrent que les jeunes filles boivent moins que les garçons. Elles sont la cible des alcooliers qui ont créé les "premix", ces boissons alcoolisées très sucrées, au goût de fruit. Pour mieux alerter les jeunes sur les manipulations des industriels, la LMDE s’apprête à initier une nouvelle campagne de prévention au slogan éloquent : "L’industrie de l’alcool a besoin de sang neuf : ne soyons pas dupes !".

Un paquet par jour, c’est trop !

Troisième jalon de cet itinéraire : le stand consacré au tabac, à la chicha et au cannabis. Caroline Richard, éducatrice, fait partie de l’équipe mobile chargée de la prévention au centre Emergence espace Tolbiac. Elle propose aux élèves de tester le niveau de monoxyde de carbone contenu dans l’air expiré.

L’une d’elles, cachée derrière ses longs cheveux, accepte l’expérience. "Vous fumez ?", interroge Caroline. "La dernière fois, c’était hier matin", répond son interlocutrice. Le testeur affiche un "3" sur son écran. "C’est un taux très correct ! A Paris, personne ne peut être à 0 à cause de la pollution", poursuit l’animatrice.

La jeune fille lance une question : "Et la chicha ? C'est moins toxique ?". Pas du tout ! La pipe à eau – ou narguilé – très en vogue dans les grandes villes, contient encore plus de goudron et de monoxyde de carbone que les cigarettes. "Cette façon de consommer du tabac est aussi plus dangereuse pour le cœur et les poumons car le fumeur inspire profondément", commente Caroline. "Les bars à chicha devront innover pour résister, à la fin de cette année, à la loi qui interdit de fumer dans l’ensemble des lieux publics à partir du 1er janvier 2008", leur rappelle-t-elle.

Entre-temps, une élève a soufflé dans le testeur. Le chiffre "24" s’affiche sur l’écran. "C’est beaucoup pour votre âge !", s’exclame Caroline. Ce résultat correspond à un paquet de cigarettes par jour. Inquiète, l’élève précise qu’elle ne fume "pas seulement du tabac". Accueillant l’ouverture qui lui est faite, Caroline parle cannabis et invite son interlocutrice à se déplacer au centre Emergence afin de rencontrer un professionnel de santé pour un bilan.

"C’est totalement gratuit. La première consultation peut être faite sans prévenir les parents", annonce-t-elle à la jeune fille très attentive. Les fumeurs de cannabis sont beaucoup plus exposés que les autres aux produits nocifs contenus dans le tabac parce que, comme les amateurs de chicha, ils inspirent profondément, a montré l’Office français de prévention du tabagisme (OFT).

Milène Leroy

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