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Mutuelles, médecins, assurance maladie engagent le dialogue

Table ronde consacrée au rôle des différents acteurs du système de santé lors du 41e congrès de la Mutualité à Nantes

La table ronde consacrée à l’évolution du système de santé a été un des temps forts du 41e congrès de la Mutualité. L’assurance maladie, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) et des dirigeants mutualistes ont débattu ensemble de l’avenir du système de santé.

"Les constats sont identiques et les solutions que nous proposons ne sont pas si éloignées que cela." C’est sur ce constat encourageant que Stéphane Junique, vice-président de la Mutualité Française, a conclu la table ronde qui a réuni, le 12 juin, pour la première fois à une même tribune des représentants des mutuelles, des professionnels de santé et de l’assurance maladie. Autant de parties prenantes du système de santé dont le dialogue a été ces derniers temps souvent difficile.

Le débat s’est déroulé en deux temps. Tout d’abord, Nicolas Revel, directeur général de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam), et Thierry Beaudet, président du groupe MGEN, ont échangé sur la nouvelle articulation entre l’assurance maladie obligatoire (AMO) et l’assurance maladie complémentaire (AMC).

Ensuite, Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), et Stéphane Junique ont débattu des nouvelles relations conventionnelles et de contractualisation entre mutuelles et professionnels de santé.

"Une logique de partenariat"

Nicolas Revel et Thierry Beaudet ont manifesté leur volonté de "fonctionner ensemble". Pour le directeur général de l’Uncam, l’articulation entre AMO et AMC doit reposer sur "une logique de partenariat". "Nous avons des problématiques communes - l’accessibilité de tous aux soins - et des intérêts communs car nous sommes confrontés à une augmentation des dépenses de santé qui nous met au défi, les uns et les autres."

Un avis partagé par Thierry Beaudet, qui a rappelé que les Français faisaient autant confiance à leur mutuelle (72%) qu’à la Sécurité sociale (77%), selon un sondage CSA/Cecop pour la Mutualité Française.

Le président de MGEN a souligné le fort attachement des mutualistes à la Sécurité sociale : « Nous sommes des militants de l’assurance maladie obligatoire. Elle doit être non pas le plancher, mais le pilier de notre système." Dans le même temps, le "rôle d’acteur global de santé des complémentaires doit être reconnu, sur le remboursement et bien au-delà sur l’offre de soins, l’accompagnement et la prévention".

Thierry Beaudet a cependant insisté sur la nécessité d’ "améliorer la qualité du dialogue" entre l’assurance maladie et les complémentaires : "Il faut faire confiance aux acteurs. Sur le contrat d’accès aux soins, nous avions formulé un certain nombre de propositions. Au final, nous avons hérité d’une taxe supplémentaire qui s’ajoutait à la taxe spéciale sur les conventions d’assurance et la CMU",  a regretté le président du groupe MGEN.

Autre enjeu de taille : le "big data". Alors que les mutualistes réclament l’accès aux données anonymisées de santé, Nicolas Revel a estimé que cette requête ne relevait pas de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) mais de l’Institut des données de santé (IDS), où l’Union nationale des organismes complémentaires d'assurance maladie (Unocam) est représentée. "Nous ne sommes pas les gardiens du temple et nous pouvons aider ceux qui ont des projets à apprivoiser le Sniiram (Système national d’information interrégimes d’assurance maladie)", a-t-il proposé.

Comme l’a fait valoir Thierry Beaudet, si les mutuelles formulent une telle demande, c’est pour «  améliorer des stratégies de prévention mieux individualisées, mieux ciblées".

"Nous sommes prêts à dialoguer"

Tiers payant, réseaux de soins, dépassement d’honoraires ont été au cœur des échanges entre Jean-Paul Ortiz et Stéphane Junique. Le président de la CSMF a d’emblée prévenu : "Les libéraux tiennent à leur liberté d’entreprendre et à leur liberté de prescription. Nous sommes clairement opposés à la mise en place de réseaux de soins avec les médecins et nous sommes attachés à un conventionnement avec l’AMO." Il a également réaffirmé son opposition au tiers payant, "qui fait craindre aux médecins une aliénation de leur activité vis-à-vis des assureurs complémentaires".

Se disant "sensible aux préoccupations des professionnels de santé", Stéphane Junique a estimé que médecins libéraux et mutualistes étaient confrontés aux mêmes défis, à savoir le renoncement aux soins et la désertification médicale. Pour le vice-président de la Mutualité, "mutuelles et professionnels de santé ont des organisations et des pratiques de santé – réseaux de soins, tiers payant - à construire ensemble demain". Au préalable, c’est l’instauration d’un vrai dialogue entre ces deux acteurs qui constitue, pour lui, l’enjeu majeur.

Au terme des échanges, Jean-Paul Ortiz, qui a reconnu que la "Mutualité était un acteur incontournable en matière de santé en France", a accepté la main tendue : "Nous sommes prêts à dialoguer. Nous l’avons fait dans le passé et nous continuerons à le faire. Ensemble, nous construirons un système de santé fidèle aux valeurs fondamentales issues du Conseil de la résistance, portées par la Sécurité sociale.". Il en va de l’intérêt de tous et au premier chef des patients. Comme l’a d’ailleurs fait remarquer Thierry Beaudet à Jean-Paul Ortiz, « vos patients sont nos adhérents et nos adhérents sont vos patients ».

Dominique Reynié : renouer avec le pluralisme des acteurs

Dominique Reynié

Intervenant en préambule de la table consacrée à l’évolution du système de santé lors du 41e congrès de la Mutualité, Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, a déploré le "conservatisme de l’Etat" face à "l’épuisement de la Sécurité sociale". Il a souligné la nécessité pour le système de protection sociale de "renouer avec le pluralisme des acteurs et non pas simplement la diversité des instruments", et pointé les principes d’une possible refondation du système de protection sociale.
Pour cela, Dominique Reynié a insisté sur la nécessité d’"instituer un modèle coopératif, beaucoup plus horizontal, et non pas autoritaire et vertical, fondé sur l’organisation d’une coproduction entre des acteurs, sur la confiance, et pas la défiance, sur l’autonomie et la délégation ». Ce qui suppose en contrepartie l’engagement de la responsabilité des acteurs.

Sophie Lecerf

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)