Ménopause et cancer du sein : les risques du traitement hormonal

Malgré les conclusions rassurantes d’une étude récente, les autorités sanitaires françaises confirment le risque cancérigène du traitement hormonal de la ménopause. Le THM doit être prescrit uniquement en cas de troubles difficilement supportables pour la femme et pour une durée la plus courte possible.

Le traitement hormonal de la ménopause fait-il courir un risque de cancer du sein ? Le débat s’est rouvert récemment avec la publication d’une étude baptisée Mission, conduite par la Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale (FNCGM). Arguant de la sécurité d’un "THM à la française", l’étude conclut que les femmes prenant ce traitement - anciennement appelé traitement hormonal substitutif (THS) - ne risquent pas davantage que les autres de développer un cancer du sein.

"Il s’agit d’une pure étude marketing, sans aucune valeur scientifique", tranche le Dr Philippe Foucras, médecin généraliste dans le Nord et président du collectif Formindep, une association de médecins pour une formation et une information médicales indépendantes. De fait, l’étude a été conduite avec le soutien du laboratoire pharmaceutique Théramex, spécialiste des traitements hormonaux destinés aux femmes.

Une étude biaisée

De son côté, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) soulignait, dans un communiqué de presse publié en février dernier, que la méthodologie retenue par cette étude comportait de nombreuses insuffisances : nombre de femmes incluses trop faible, biais de sélection en fonction des facteurs de risque du cancer du sein… Ainsi, les experts du groupe de travail réunis par l’Afssaps estiment que l’étude Mission "ne permet en aucun cas de remettre en cause l’augmentation du risque de cancer du sein chez les femmes recevant un THM oestroprogestatif".

Au début des années 2000, deux importantes études anglo-saxonnes, conduites sur plus d’un million de femmes, ont montré une augmentation sensible du risque de cancer du sein associé à la prise d’un traitement alliant œstrogènes et progestatif. Ce risque accru augmente avec la durée du traitement. De plus, les derniers résultats de ces études confirment un accroissement du risque de cancer de l’ovaire. Le THM prolonge en effet l’exposition des femmes aux oestrogènes, des hormones capables d’activer la croissance et la multiplication de certains types de cellules comme celles du sein ou de l’ovaire.

Différences des traitements : un argument controversé

Le débat sur les risques liés au THM s’est nourri du fait qu’il existe plusieurs types de traitement, différents selon l’oestrogène ou le progestatif utilisé et selon leur mode d’administration (traitement oral ou par patch). Se voulant rassurants, certains médecins français ont mis en avant la différence des traitements prescrits dans l’Hexagone.

Par ailleurs, l’étude française E3N, réalisée par l’Inserm, a suggéré que le risque cancérigène des THM serait moindre, voire inexistant, avec une progestérone micronisée ou naturelle. Les chercheurs français ont toutefois confirmé l’augmentation du risque de cancer du sein avec les progestatifs de synthèse.

Des doses minimales et un traitement de courte durée

D’après l’Afssaps et l’Académie nationale de médecine, qui a rendu récemment un rapport sur la question, ce résultat préliminaire doit encore être conforté par d’autres études. Dans l’état actuel des connaissances, aucune donnée scientifique ne permet d’affirmer que tel ou tel THM serait préférable à un autre.

Pour le soulagement des troubles incommodants liés à la ménopause, notamment les bouffées de chaleur, seuls les THM ont à ce jour fait la preuve de leur efficacité. En cas d’altération de la qualité de vie due à ces troubles, l’Afssaps estime que ce type de traitement reste indiqué. L’agence recommande cependant une prescription à la dose minimale efficace et pour une durée la plus courte possible. L’intérêt du traitement doit être réévalué par le médecin au moins une fois par an. D’autant que le THM est également soupçonné d’accroître les risques cardio-vasculaires.

Joëlle Maraschin

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