Les inégalités de santé commencent dès la maternelle

Surpoids, caries… les enfants d’ouvriers et d’employés sont plus touchés que ceux des cadres. Ces inégalités sociales de santé apparaissent dès les bancs de la maternelle, comme le démontre une étude de la Drees publiée le 16 juin.

Les classes sociales les plus modestes sont statistiquement en moins bonne santé que les plus riches. Cette réalité, connue de longue date, trouve ses racines dès l’âge de 5 ans, comme vient de le démontrer une étude de la direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Statistiques (Drees) portant sur le surpoids et la santé bucco-dentaire, publiée le 16 juin.

Conduite depuis quinze ans auprès d’enfants de grande section de maternelle, cette étude prouve que les inégalités sociales de santé ont la vie dure : si 12% des écoliers sont en surpoids en 2013, seuls 7,2% des enfants de cadres sont concernés, contre 15,6% de ceux d’ouvriers et 13,6% de ceux d’employés. Ces inégalités se sont d’ailleurs légèrement creusées. En effet, la proportion d’enfants de cadres en surpoids a diminué de plus d’un point depuis 2006, tandis que les taux d’enfants concernés chez les employés et les ouvriers restent étonnamment stables.

Surreprésentation de l’obésité

Les inégalités sont encore plus fortes en matière d’obésité : cette maladie touche quatre fois plus les enfants d’ouvriers que ceux de cadres. En 2013, 1,3% des enfants de cadres étaient obèses, contre 5,8% des enfants d’ouvriers et 4,8% des enfants d’employés. Ces inégalités se sont légèrement aggravées, la part des enfants d’employés atteints d’obésité ayant augmenté d’un point depuis 2006.

Compte tenu de la structure sociale de leurs élèves, les écoles relevant de l’éducation prioritaire ont logiquement plus d’enfants en surpoids. Cela concerne 16% des élèves scolarisés en ZEP, contre 12% dans les autres établissements publics et 8% dans les écoles privées.

"Les habitudes de vie bénéfiques à la santé sont plus souvent déclarées pour les enfants issus des milieux socialement favorisés", relèvent les auteurs de l’étude.

A titre d’exemple, les enfants d’ouvriers sont 31% à consommer quotidiennement des boissons sucrées, contre 8% des enfants de cadres. Or toutes les recherches récentes pointent la responsabilité des boissons sucrées dans la prise de poids des enfants. Une corrélation confirmée par l’étude de la Drees, puisque les enfants de grande section en surpoids sont plus nombreux à consommer des boissons sucrées que l’ensemble des enfants (21%, contre 18%).

L’influence des écrans

Autre facteur favorisant l’obésité : le temps passé devant les écrans. A partir des déclarations des parents, les auteurs constatent que les enfants en surcharge pondérale sont ceux qui passent le plus de temps devant un écran (53% y consacrent plus d’une heure quotidienne, contre 43% en moyenne).

Là encore, de fortes disparités sociales sont observées : 25% des enfants de cadres y consacrent plus d’une heure, contre 59% des enfants d’ouvriers.

Ces derniers disposent d’ailleurs plus souvent d’un écran dans leur chambre que les enfants de cadres (34% contre 9%).

Ce temps passé devant les écrans affecte le sommeil. Les enfants qui ne regardent jamais d’écran les jours d’école dorment en moyenne 10 heures et 54 minutes par nuit, contre 10 heures et 24 minutes pour ceux qui consacrent plus de trois heures par jour aux écrans.

Plus de caries chez les enfants d’ouvriers

La classe sociale influe aussi sur la santé bucco-dentaire. En 2013, 16% des élèves de grande section ont eu au moins une dent cariée. Mais ce problème ne concerne que 8% des enfants de cadres, contre 30% des enfants d’ouvriers. De plus, 24% des enfants d’ouvriers ont eu des dents cariées non soignées, contre seulement 4% des enfants de cadres.

Les auteurs observent de nouveau l’importance du brossage des dents : "Les enfants qui se brossent au moins une fois par jour ont deux fois moins de caries que ceux qui se brossent rarement." En matière de brossage de dents, les différences sociales sont aussi à l’œuvre : 60% des enfants de cadres le font plusieurs fois par jour, contre 47% des enfants d’ouvriers.

Enfin, si 56% des enfants de cadres ont déjà consulté un chirurgien-dentiste hors du cadre scolaire, cela ne concerne que 40% des enfants d’ouvriers. Dernière différence notable : les enfants de cadres consultent plutôt le dentiste de manière préventive (81% des motifs de consultation), tandis que les enfants d’ouvriers s’y rendent avant tout pour se soigner (52% des motifs de consultation).

Retrouvez l'étude de la Drees

Caroline Fornieles

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