La Sécurité sociale, un bouclier contre la crise

Bertrand Fragonard, ancien président du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (Hcaam).

Si elle amortit les effets de la crise tout en limitant les inégalités sociales, la Sécurité sociale doit être réformée, explique Bertrand Fragonard, ancien président du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (Hcaam), dans son livre "Vive la protection sociale !". Pour cet expert, des efforts de maîtrise sur la retraite et l’assurance maladie permettront de couvrir de nouveaux risques sociaux.

Un véritable plaidoyer pour la Sécurité sociale ! Bertrand Fragonard, président du Haut Conseil pour la famille, défend ardemment le dispositif solidaire français dans son livre intitulé Vive la protection sociale !. La Sécurité sociale, qui mobilise "plus de 30 % de la richesse nationale pour nous protéger", permet d’"amortir les chocs liés aux crises et aux accroissements d’inégalités", estime ce magistrat à la Cour des Comptes, ancien président du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (Hcaam).

Prise en charge des malades, retraites, aides au logement, prestations familiales… La Sécu "s’acquitte de ces missions de façon plutôt efficace et équitable : les prestations sont généreuses et elles sont, pour beaucoup, plus élevées que dans les pays voisins", rapporte l’auteur.
Mais le poids de la protection sociale dans le produit intérieur brut (PIB) est lui aussi plus élevé qu’ailleurs. "Cette situation serait admissible si nous étions à l’optimum. Ce n’est pas le cas", déplore-t-il. Cet expert dénonce ainsi des "dépenses inefficaces" et le fait que certains risques sociaux demeurent "mal couverts" comme, par exemple, la dépendance ou les aides aux jeunes adultes. Malgré les différentes aides sociales, la France fait face à une "permanence de la pauvreté".

"Chaque euro dépensé à bon escient"

Si l’urgence est donc à la réforme du "modèle existant" en raison des déficits sociaux, pas question de rompre avec lui ! Pour que la protection sociale "garde sa force et sa grandeur", chaque dépense devra, à l’avenir, être "utile". "Il faut que les Français mesurent que chaque euro […] prélevé sur la richesse qu’ils produisent l’est de façon équitable et qu’il est dépensé à bon escient", ajoute-t-il.

A travers l’analyse des différentes branches de la Sécu, l’auteur ouvre des pistes d’évolutions pour que la protection sociale soit plus efficace, plus juste et plus adaptée à la société actuelle. Si l’on ne parvient pas, dans la durée, "à infléchir durablement le rythme d’évolution des dépenses de santé", notamment en remettant en question l’organisation du système de soins et les modes d’exercice, il faudra "peser sur les dépenses publiques", estime Bertrand Fragonard dans un scénario réformiste.

Autrement dit, cela reviendrait à introduire "des outils tels que la franchise à la base ou le bouclier sanitaire", et donc à "déporter sur les assurés une partie de la hausse des dépenses de santé". Une option jugée inévitable en cas de poursuite d’une "politique molle", "telle qu’elle existe depuis trente ans", fustige-t-il. Les efforts de maîtrise doivent porter sur deux "principaux postes de dépenses", les retraites et l’assurance maladie, mais "il n’est pas du tout certain que les Français y soient prêts".

Paula Ferreira

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