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La pollution affecte gravement la santé du fœtus

Une étude de l'Inserm met en lumière l'impact de la pollution atmosphérique sur la santé des bébés in utero et chiffre pour la première fois les coûts liés aux retards de croissance attribuables à l'exposition des mères. Pour les seuls enfants nés en 2012 avec un handicap mental lié à cette contamination, les coûts de prise en charge sur l'ensemble de leur vie s'élèveraient à 1,2 milliard d'euros.

Peu d'études se sont penchées sur les effets de la pollution atmosphérique sur la santé de la femme enceinte et de son fœtus, et aucune n'a porté sur les coûts des conséquences des retards de croissance intra-utérine attribuables à une exposition durant la grossesse. C'est l'objet des travaux publiés le 15 mai 2018 par Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l'Inserm, dans la revue "Archives de pédiatrie". Avec son équipe d'épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires (Epar) Inserm/Sorbonne Université, cette chercheuse s'est particulièrement intéressée à l'année 2012 : sur 820.000 naissances, 18.471 bébés sont nés hypotrophes, c’est-à-dire avec un poids de naissance inférieur à 2,5 kilogrammes.

Cette particularité entraîne de nombreuses conséquences sur le développement, avec, pour certains enfants, un important retard de développement intellectuel. "Selon nos estimations, 8.300 enfants présentaient une hypotrophie attribuable à la pollution atmosphérique à laquelle leur mère avait été exposée durant la grossesse, commente Isabella Annesi-Maesano. Et 1.880 d'entre eux souffraient d'un retard de quotient intellectuel [QI], à des degrés divers. Sachant que ces enfants restent à la maternité plus longtemps que les autres, souvent dans des services de soins intensifs, nous avons estimé le montant global de leur prise en charge immédiate à 25 millions d'euros."

Appauvrissement de la société

A ce coût, s'ajoute celui de la prise en charge du handicap ou du déficit de ces enfants, évalué à 1,2 milliard pour l'ensemble des bébés nés en 2012 avec un retard mental attribuable à la pollution aux particules fines, sur l'ensemble de leur vie. "C'est une somme considérable pour un petit effectif", souligne la chercheuse, qui pointe également le coût intangible de cette situation : "En admettant une valeur de 13.000 euros par point de QI perdu pour le fonctionnement de la société, le montant cumulé des points de QI perdus s'est établi, pour l'année 2012, à un milliard d'euros supplémentaire."

Les effets sanitaires désastreux de la pollution atmosphérique engendrent donc en outre un indéniable "appauvrissement de la société".

Le coût de ces naissances hypotrophes est supporté à la fois par le système de soins, le système de solidarité envers le handicap, le budget de la nation (Education nationale) et les familles. "Nous n'avons pas pu rendre compte de ce dernier aspect, car il n'y a pas de données. C'est pourtant une réalité", poursuit Isabella Annesi-Maesano.

"Il faut oublier le diesel !"

Globalement, reconnaît la chercheuse, "notre étude sous-estime les coûts réels attribuables à la pollution atmosphérique". Souvent, en plus de leur retard mental, ces enfants nécessitent des soins connexes de kinésithérapie ou d'orthophonie, soit dans des établissements de soins avec prise en charge par la solidarité nationale, soit dans des structures paramédicales à la charge des familles.
Notre analyse "méconnait les coûts annexes comme les fauteuils roulants, les voitures et les maisons aménagées, des investissements nécessaires à la qualité de vie de la personne handicapée et de sa famille, dont les montants sont importants", admet Isabella Annesi-Maesano.

Dans les années à venir, la réduction de l'exposition à la pollution atmosphérique doit constituer un objectif primordial, concluent ces travaux. "Le gouvernement doit aller vers la réduction des émissions de particules de plusieurs façons, insiste Isabella Annesi-Maesano. Il faut aussi une volonté des industriels de modifier le parc automobile. Le diesel, par exemple, a pu représenter à une époque une invention intéressante, mais il faut à présent l'oublier !"

Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)