Jeux dangereux ou violents : comment aider votre enfant à résister

La cour de récréation n’est pas toujours le havre de paix que les parents imaginent. C’est dans cet espace conçu pour la détente et la camaraderie que l’enfant va faire l’apprentissage de la violence et du danger parfois mortel. Pour les adultes, la difficulté est d’informer sans inciter.

"Alertez les parents ! Si j'avais été au courant de l'existence de ce jeu, mon fils serait toujours en vie !", s'écrie Françoise Cochet, présidente de l'Association de parents d'enfants accidentés par strangulation (Apeas). Son fils est décédé en 2000, pris au piège du jeu du foulard. Cette pratique, qui consiste à contenir sa respiration, a d'autres noms : rêve indien ou bleu, grenouille, cosmos, jeu des poumons, de la serviette ou de la tomate… L'évanouissement peut être précédé de visions hallucinatoires.

Chaque année, une dizaine de jeunes – parfois très jeunes – en meurent. D'autres restent handicapés à vie. Les séquelles neurologiques de la privation d'oxygène sont lourdes : crises épileptiques, paralysies, états végétatifs. Découverts dans la cour de récréation, ces jeux tournent souvent au drame à la maison, quand l'enfant ou l'adolescent "joue" seul, sans personne pour desserrer l'écharpe ou la cordelette qui provoque des sensations inédites.

Un appétit d'expériences nouvelles

Aucune famille n'est à l'abri. "Les enfants ou adolescents qui jouent en cachette à ce jeu ne sont pas suicidaires, mais intrépides et curieux. Ils ont un appétit d'expériences nouvelles", explique Grégory Michel, professeur de psychopathologie et de psychologie clinique à l'université Bordeaux 2 et psychologue à l'hôpital Robert-Debré, à Paris.

A la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), la question est suivie avec attention, notamment en ce qui concerne la meilleure façon d'aborder le problème. "Si on communique sur le jeu du foulard auprès des jeunes, on prend le risque de les inciter à le pratiquer au lieu de les en dissuader" avertit Christiane Allain, présidente de la FCPE 44 (Loire Atlantique).

Ce risque est particulier à la préadolescence, de 10 à 14 ans. "On constate un pic vers 12 ans. C'est l'âge où l'on a envie de braver les interdits, d'aller plus loin. On n'est pas conscient des dangers. Informer ces jeunes ados peut avoir un effet contre-productif. Pour une prévention efficace, il faut les mobiliser collectivement : organiser des débats, tester leurs connaissances et les responsabiliser par rapport à d'autres adolescents", conseille Grégory Michel.

A l'inverse, en primaire, où des décès ont été recensés dès 6 ans, souligner les dangers de ce jeu a des effets protecteurs. "Quand un cas est signalé, je donne aux enseignants la consigne d'en parler en classe et d'expliquer les conséquences de la privation d'air", témoigne Marc Zanoni, inspecteur de l'Education nationale en Ardèche. "J'invite les parents à être attentifs aux traces sur le cou, aux maux de tête inexpliqués, aux vertiges, poursuit-il. De même, ils doivent s'interroger face à un enfant qui veut à tout prix garder sur lui ou dans le cartable une ficelle, un foulard ou une ceinture sans raison apparente." D'autres signes doivent alerter : somnolence, bourdonnements d'oreilles, vision floue, baisse de vigilance…

L'effet de groupe est important

Si le jeu du foulard est le plus connu, d'autres pratiques se développent dans les cours de récréation. Ces jeux d'agression et de contrainte portent eux aussi des noms imagés : cannette, ronde, petit pont, mort subite, taureau, Beyrouth, cartons rouges, cercle infernal…. Mettre l'un des leurs, pris au hasard, au centre d'un cercle et lui taper dessus n'est pas forcément le fait d'enfants violents. L'effet de groupe est important. Et tous n'ont pas conscience du danger.

Autre pratique : le "happy slapping", qui consiste à filmer une agression. "Celui qui est à l'origine du jeu déshumanise sa victime, la considère comme un objet", indique Grégory Michel. L'enfant qui refuse d'aller à l'école, qui a du mal à s'endormir de peur des cauchemars, qui présente des signes de dépression subit peut-être des agressions ou du harcèlement à l'école. Mais seul un nombre infime de victimes ose en parler à la maison.

"Il faut armer nos enfants à résister à la pression du groupe. Ils ne se rendent pas tous compte des conséquences irréversibles des jeux dangereux ou violents. Dans un film, la personne se relève, pas dans la vraie vie. C'est aux parents de le dire à leurs enfants !", recommande Christiane Allain.

En savoir +

  • Le site Internet de l'Association de parents d'enfants accidentés par strangulation (Apeas)
  • Le site Internet de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE)
Martine Doriac

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