IVG médicamenteuse : améliorer l’accompagnement des patientes

Une femme sur quatre a été confrontée à des douleurs très intenses et des saignements inquiétants lors d'une interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse. La Fondation de l'avenir a présenté le 18 novembre 2016 une étude visant à mieux quantifier la douleur pour mieux la prendre en charge.

Le nombre d'interruptions volontaires de grossesses (IVG) demeure stable autour de 220.000 par an. Autorisée depuis 1990, l'IVG par voie médicamenteuse représente 57% des IVG réalisées en 2015. Cette pratique est moins invasive que l'IVG dite instrumentale, réalisée au bloc opératoire. Mais les patientes demeurent insuffisamment accompagnées et informées sur les effets secondaires, en particulier la douleur.

"Je croyais que ça ne s'arrêterait jamais"

Les IVG médicamenteuses provoquent des douleurs très intenses chez une femme sur quatre. La douleur la plus forte est ressentie au 3e jour : 27% des femmes l'évaluent ainsi à 8 ou plus, sur une échelle de 0 à 10. Exemple de témoignage : "J'avais très mal, je croyais que ça ne s'arrêterait jamais."

Ces données sont issues d'une étude pilotée par le centre d'IVG Clotilde-Vautier de la clinique mutualiste Jules-Verne, à Nantes, et financée par la Fondation de l'avenir, en partenariat avec la Mutualité Française. Présentée le 18 novembre 2016, elle a été réalisée auprès de 453 femmes, entre octobre 2013 et septembre 2014, dans 11 centres d'IVG.

L'objectif était de quantifier le niveau de douleur dans les cinq jours suivant l'IVG. L'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a analysé le volet scientifique tandis que l'université de Nantes s'est consacrée au volet sociologique.

Douleur liée à trois facteurs

Pour Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles, chercheuse épidémiologiste à l'Inserm, "l'intensité des douleurs est corrélée à trois facteurs : la nulligestité de la patiente, c'est-à-dire qu'il s'agit de sa première grossesse, l'existence de règles d'ordinaire douloureuses et la dose du premier principe actif prescrit, la mifépristone".

"Nous avons observé que les femmes ayant reçu une dose de 200 mg de mifépristone, dans la moitié des centres participants, avaient des douleurs plus intenses que celles ayant eu une dose de 600 mg, dans l'autre moitié", précise Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles.

L'IVG médicamenteuse consiste en effet à prendre deux médicaments distincts : la mifépristone stoppe l'action de la progestérone, une hormone nécessaire à la grossesse, et provoque les premières contractions. Puis, 36 à 48 heures plus tard, la prise de misoprostol augmente les contractions et entraîne l'avortement.

Les femmes qui ont quantifié leur douleur à un niveau de 8 ou plus déclarent avoir pris des antidouleurs dans 97% des cas. Ce taux est de 83% lorsque la douleur est évaluée à 3 ou 4 sur 10. Surprises par l'ampleur de la douleur, les patientes ont majoritairement utilisé des anti-inflammatoires non stéroïdiens (56%), du paracétamol (49%) et des antispasmodiques (22%).

Une étude scientifique randomisée

"Au centre Clotilde-Vautier, nous avons observé que les femmes pouvaient présenter des intensités de douleur très marquées, ce qui ne semblait pas correspondre avec l'idée générale d'une IVG médicamenteuse perçue comme simple, facile d'accès, rapide", explique le Dr Philippe David, gynécologue-obstétricien, chef de service du centre d'IVG Clotilde Vautier et de la Maison de la naissance à la clinique Jules-Verne.

"Il ne s'agit pas de condamner l'IVG médicamenteuse mais de mieux la prendre en charge. La notion d'accompagnement est fondamentale pour permettre à la femme d'être bien informée sur le déroulement de l'IVG et de ses effets indésirables. La douleur doit être traitée comme elle l'est, par exemple, en obstétrique ou en chirurgie", ajoute le Dr David.

"C'est une question éthique et médicale car la prise en charge de la douleur améliore le rétablissement", renchérit le Dr Jean-Martin Cohen Solal, délégué général de la Mutualité Française.

Hormis la douleur, les patientes apparaissent également impressionnées par les saignements. Là encore, l'étude révèle que "27% des répondantes ont trouvé ces saignements inquiétants, 6% très inquiétants et 6% ont répondu n'avoir pas été assez informées à ce propos".

Autres effets secondaires liés à l'IVG : fatigue (88%), nausées (70%), vertiges (42%), maux de tête (42%), diarrhées (37%) et vomissements (28%). Neuf femmes sur dix déclarent au moins l'un de ces symptômes dans les cinq jours qui suivent l'IVG.

Forte de son implication historique en matière de prise en charge de la douleur, la Fondation de l'avenir souhaite désormais aller plus loin. "Nous voulons mener une étude scientifique randomisée, sur un échantillon plus large et plus représentatif, afin de déboucher sur des résultats scientifiques incontestables", annonce Dominique Letourneau, président du directoire de la Fondation de l'avenir.

Les délais à respecter

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) par voie médicamenteuse est autorisée à domicile jusqu'à la fin de la 5e semaine de grossesse, soit sept semaines après le début des dernières règles.

Après ce délai, et jusqu'à la fin de la 7e semaine de grossesse, elle doit obligatoirement être effectuée dans un établissement de santé.

L'IVG instrumentale est autorisée jusqu'à la fin de la 12e semaine de grossesse, soit 14 semaines après le début des dernières règles.

Pour en savoir +

Le site Internet de la Fondation de l'avenir

Les protocoles de la Haute Autorité de santé (HAS)

Le site Internet www.ivg.social-sante.gouv.fr

Les conditions de remboursement de l'IVG

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)