Handicap : plus d’autonomie avec le bras robotique Jaco

Au Centre d’expertise national en robotique (Cenrob), basé à Montpellier et porté par le groupe Languedoc-Mutualité, des patients handicapés testent des robots d’assistance et de rééducation. Objectif : retrouver plus d’autonomie pour réaliser des tâches simples, comme se nourrir ou prendre un objet. Pour Michaël, 32 ans, tétraplégique à la suite d’un accident de la route, c’est comme "un jeu vidéo" !

L’avant-bras plonge lentement vers la table, puis se décale de gauche à droite pour trouver la position la plus adaptée. A son tour, le poignet tourne, pivote puis les doigts s’entrouvrent et se referment pour agripper un verre d’eau. Tout doucement, le bras articulé remonte et porte le verre à la bouche de Michaël Zénouda, âgé de 32 ans, tétraplégique depuis cinq ans suite à un accident de voiture. C’est lui qui commande Jaco, le robot d’assistance à la manipulation qui l’aide à obtenir "une préhension de remplacement" car il ne dispose d’aucune mobilité des doigts, nous raconte Michaël Zénouda.

Depuis un an, Michaël se familiarise à l’utilisation de ce robot au Centre mutualiste neurologique (CMN) Propara. Cet établissement de soins de suite et de réadaptation est situé dans le quartier nord de Montpellier (Hérault), au cœur du parc d’activités Euromédecine qui regroupe des organismes centrés sur la recherche et l’innovation. Géré par le groupe Languedoc-Mutualité, le CMN Propara prend en charge des patients atteints de lésions médullaires traumatiques ou médicales, en particulier des personnes paraplégiques ou tétraplégiques.

Depuis mars 2011, le groupe Languedoc-Mutualité porte le Centre d’expertise national en robotique (Cenrob), installé de­puis l’été 2013 au sein de Propara. Le Cenrob développe et promeut la robotique d’assistance et de rééducation des personnes handicapées ou des personnes âgées en perte d’autonomie. Cet organisme met plusieurs types de robots à disposition des patients qui peuvent ainsi les tester.

"Prise en main facile et accessible"

"J’ai l’impression que c’est un jeu vidéo !", plaisante Michaël en orientant le joystick avec sa main pour commander Jaco. "On croit souvent, à tort, qu’une personne tétraplégique est totalement paralysée des membres inférieurs et supérieurs mais ce n’est pas le cas", explique le Dr Charles Fattal, médecin chef de Propara et médecin du Cenrob. "Selon le type de lésion cervicale, certains patients peuvent lever le bras mais n’ont pas la capacité de le ramener vers leur visage ou de manipuler un objet", poursuit-il.

Pour Michaël, si le robot Jaco est "ludique", d’une "prise en main facile et accessible", il est surtout "pragmatique" : "L’acquisition d’un tel robot, qui peut être embarqué directement sur mon fauteuil ou détaché et commandé à distance, pourrait m’éviter d’avoir toujours à demander des choses à mon aide de vie." Le Jaco assiste, en effet, une personne dans sa vie quotidienne pour réaliser des tâches simples, comme l’aider à manger, prendre un objet ou tout simplement mettre des lunettes.

"Jaco répond de manière précise aux commandes de l’opérateur avec un degré de pression très fiable au niveau des doigts de sorte qu’il est capable d’attraper un œuf cru", souligne le Dr Charles Fattal. D’un poids de 5,7 kg, cet outil comporte au total six articulations reproduisant les fonctionnalités d’un bras humain et même plus puisque son poignet tourne à 360 degrés ! Ses trois doigts à phalanges soulèvent jusqu’à 1,5 kg. La portée du Jaco atteint 90 cm lorsqu’il est arrimé au fauteuil.

Durant l’apprentissage de la manipulation, les ergothérapeutes sont présents pour accompagner le patient. "Notre rôle consiste à préconiser l’aide technique la mieux adaptée à chaque personne", indique Sonia Henkous, l’une des ergothérapeutes du centre. Mustapha Lachkar, 21 ans, victime d’un accident de moto en juin dernier, se prête volontiers à l’essai du jour sur son avant-bras : tester une orthèse de stimulation électrique fonctionnelle dénommée Bioness H200. "Je ne bouge pas du tout la main droite et si cette orthèse peut me permettre de tenir des objets, c’est vraiment intéressant", lance Mustapha tout en observant sa main se déplier une fois l’orthèse branchée.

"Gérer son agenda, faire ses courses"

"En plus de ces deux dispositifs robotisés, plusieurs autres sont disponibles au Cenrob. Ils ont été acquis en 2013 grâce au soutien financier de la Caisse d’épargne", rapporte Christine Emica, directrice de projet du Cenrob. Par exemple, énumère-t-elle, "le robot compagnon Kompaï favorise le lien social et stimule la personne en lui permettant de gérer son agenda et ses e-mails ou faire sa liste de courses". Le suivi médical est également possible grâce à une visioconférence en lien avec les professionnels de santé.

Autres exemples : Paro, un bébé phoque en peluche, utilisé pour créer une interaction avec des personnes polyhandicapées, autistes ou démentes. Quant au robot humanoïde Nao, il facilite la surveillance et l’assistance personnelle mais aussi le divertissement et l’éducation. Deux autres robots, respectivement appelés Bestic et Neater eater, sont dédiés à l’alimentation : une cuillère disposée sur un bras électronique porte la nourriture à la bouche du patient.

Si tous ces robots sont commercialisés, ils sont encore peu connus des patients et des professionnels. "Un des facteurs limitant reste l’aspect financier", déplore Sonia Henkous. Sans option ni accessoire, le prix de l’orthèse Bioness H200 s’élève à 4.500 euros et le bras robotisé Jaco coûte 26.000 euros. "Les patients sont accompagnés d’une équipe pluridisciplinaire pour monter leur dossier de financement", note la Dre Christine Verollet, médecin de médecine physique et de réadaptation. "Les dossiers sont réglés au cas par cas", ajoute-t-elle. "Il peut y avoir ou non une prise en charge de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), une indemnisation par un tiers responsable ou encore des dons d’associations", poursuit Christine Verollet.

La seule finalité : tout faire pour assurer la meilleure compensation possible du handicap, à l’instar des chambres domotisées dont les commandes activées par le souffle sont transposables à domicile : ouverture et fermeture des portes, des volets, allumage et extinction des lumières, etc. AbdelMajid Belghiti, hospitalisé depuis sept mois et demi, en témoigne : "Avec la commande au souffle, je peux sonner pour appeler quelqu’un, allumer la télévision ou encore décrocher le téléphone et parler !"

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)