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Droit à l’avortement en Europe : le Planning tire la sonnette d’alarme

Face à la montée des intégrismes de toute nature, le Planning familial craint une régression du droit à l’avortement en Europe. Lors d’un colloque organisé les 19 et 20 septembre, à Paris, avec le soutien de la Mutualité française, un état des lieux inquiétant sur la situation des femmes dans l’Union européenne a été dressé.

Deux pas en avant, un pas en arrière ! C’est à ce rythme qu’évolue le droit à l’avortement en Europe. Dans certains pays, "la situation se durcit" et "les régressions occupent tout l’espace", s’alarme Françoise Laurant. La présidente du Planning familial intervenait lors du colloque européen organisé par son mouvement et soutenu par la Mutualité française, les 19 et 20 septembre, à Paris, sur le thème : "Droit à l’avortement : quels enjeux pour les femmes en Europe".

Polémiques sur l’éducation sexuelle

De nombreuses organisations politiques, syndicales et féministes de plus de 17 pays d’Europe ont apporté leur témoignage. Leur constat est sévère : le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est en danger dans de nombreux Etats sous la pression des conservateurs et des intégristes. Ils exercent leur influence un peu partout : non seulement dans leur propre pays, mais aussi au sein de l’Organisation des Nations unies (ONU), du Conseil de l’Europe et dans les instances de l’Union européenne.

L’un des exemples les plus marquants de profonde régression, c’est la Pologne. Dans ce pays, a rappelé Elfriede Harth, représentante de l’organisation "Catholiques pour un libre choix", l’IVG était légale et gratuite dans les hôpitaux publics jusqu’en janvier 1993. A cette date, les députés ont majoritairement voté en faveur d’une loi extrêmement restrictive pour les femmes.

Et les anti-avortements n’hésitent pas avoir recours à des méthodes choquantes ! En octobre 2005, a poursuivi Elfriede Harth, des eurodéputés polonais ont organisé au Parlement européen une exposition où se côtoyaient des photos de fœtus et des photos d’enfants dans les camps nazis. Pour les organisateurs, il s’agissait de faire un lien entre l’avortement et la Shoah !

Ce n’est pas la seule fois que le Parlement européen est le théâtre d’attaques contre le droit à l’avortement et même à la contraception. Ainsi, tout ce qui touche à la santé reproductive - c’est-à-dire l’éducation sexuelle, la régulation des naissances ou la prévention du sida par les préservatifs - soulève des polémiques parfois violentes au sein de cette assemblée.

" Je ne suis pas pessimiste, mais ça va être dur ! "

Cette évolution inquiète le Planning familial alors que se profilent, en juin 2009, les prochaines élections européennes et que la majorité des Etats membres sont désormais dirigés par des gouvernements conservateurs. Pour Vicky Claes, directrice du bureau européen de la Fédération internationale des Plannings familiaux, "ce n’est pas l’environnement le plus positif" pour les droits des femmes. "Je ne suis pas pessimiste, mais ça va être dur !", a-t-elle lancé.

D’autant que l’opposition religieuse n’est pas la seule à affûter ses arguments. Certains invoquent ainsi la démographie pour restreindre le droit des femmes à disposer de leur corps. "La diminution du taux de natalité dans la plupart des pays européens, l’augmentation des dépenses de santé due au vieillissement des populations et l’implosion des systèmes de retraite font renaître des idées natalistes d’avant-guerre aux relents nationalistes et racistes", observe Elfriede Harth. Pour elle, cette opposition "est très dangereuse pour les droits des femmes".

Pour l’heure, la situation est surtout difficile dans les pays nouvellement entrés dans l’Union européenne, comme la Pologne déjà citée, ou Malte, qui interdit le droit à l’avortement. D’où cette interrogation : ne fallait-il pas obtenir des garanties sur les droits des femmes avant leur intégration ? Dans les autres Etats membres, où le droit à l’avortement a été conquis de haute lutte dans les années 1970 et 1980, des conditions en restreignent souvent l’accès et les opposants renforcent leur action. Ainsi, au Royaume-Uni, des catholiques, qui représentent une minorité dans ce pays, sont à la tête d’une campagne active demandant la réduction des délais d’avortement fixés au maximum à 24 semaines. Pour l’instant sans succès.

Une résolution bienvenue du Conseil de l’Europe

En Italie, les médecins des hôpitaux publics utilisent souvent la clause de conscience pour refuser de pratiquer un avortement. D’où des difficultés d’accès dans certaines régions. En Espagne, au Portugal ou au Luxembourg, l’IVG n’est possible, en théorie, qu’en cas de viol et de risque pour la santé mentale de la femme. De même en Irlande du Nord, qui fait pourtant partie du Royaume-Uni, elle est limitée aux cas où la santé physique ou psychique des femmes est menacée. En République d’Irlande, les femmes qui avortent sont considérées comme des criminelles et peuvent être envoyées en prison à vie. " Au XXIe siècle, ce pays applique des règles du XIXe siècle ! ", s’indigne la sociologue Jacqueline Heinen.

Dans ce contexte jugé inquiétant, les membres du Planning familial trouvent malgré tout matière à espérer, notamment grâce au Conseil de l’Europe. Cette institution, qui regroupe 47 Etats membres, a voté le 16 avril dernier une résolution sur " l’accès à l’avortement sans risque et légal en Europe ". Ce texte, sans caractère contraignant, préconise la dépénalisation de l’avortement dans tous les pays européens. Il a été adopté par 102 voix contre 69. Pratiquement toutes les conventions de cette institution, qui sont, quant à elles, contraignantes pour les Etats membres, ont été précédées d’une résolution.

Martine Ciprut

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)