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Déserts médicaux : encadrer ou non l’installation des médecins

La ministre de la Santé devrait prochainement proposer des mesures pour réduire les déserts médicaux. Le collectif interassociatif pour la santé (Ciss) réclame un encadrement de l’installation des médecins. A l’opposé, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) plaide pour des mesures incitatives.

Alors que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, devrait annoncer dans les prochains jours de nouvelles mesures pour lutter contre les déserts médicaux, une étude de l'OCDE montre que ce problème dépasse largement le cadre de l'Hexagone. "Il existe une pénurie mondiale de médecins et d'infirmiers que les efforts de formation des pays de l'OCDE ne suffiront pas à compenser", explique Jean-Christophe Dumont, directeur de la division des migrations internationales de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Confrontés au vieillissement de la population, qui accroît la demande de soins, et de vieillissement de la population médicale, qui réduit l'offre de soins, la plupart des pays de l'OCDE ont intensifié la formation des personnels de santé depuis le début des années 2000. Malgré tout, de nombreux pays restent en situation de pénurie critique, pour l'essentiel en Afrique, où une trentaine d'entre eux est dans ce cas.

20% des médecins nés à l'étranger

"En France, 20% des médecins sont nés à l'étranger", indique Jean-Christophe Dumont. L'Hexagone compte, par ailleurs, un certain nombre de médecins formés à l'étranger. Ainsi, en 2013, 3.400 des praticiens exerçant en France avaient été formés en Roumanie, 2.900 en Algérie, 1.800 en Belgique, et 1.000 en Italie.

"Parmi les pays enregistrant une forte hausse du nombre et de la part des médecins formés à l'étranger au cours de la dernière décennie, on compte notamment l'Irlande, l'Allemagne, la France et la Suisse, où la proportion de ces médecins a plus que doublé et la Suède où l'augmentation est également très forte", relève l'OCDE, dans ses "Perspectives des migrations internationales 2015".

En dépit de cet apport de main-d'œuvre, des déserts médicaux subsistent, y compris en ville. "Un désert médical est un territoire habité par une population qui peine à accéder aux soins médicaux comparativement à la moyenne nationale", rappelle le Collectif interassociatif pour la santé (Ciss) dans un communiqué du 4 novembre. Ce n'est "ni un territoire dépeuplé, ni forcément un territoire enclavé, périurbain, ou délaissé par les pouvoirs publics", poursuit-il.

Répartition inéquitable

Les difficultés d'accès aux soins sont en grande partie imputables à une mauvaise répartition des professionnels de santé sur le territoire national. Des aides financières ont pourtant été mises en place ces dernières années pour inciter les médecins à s'installer dans les zones sous-médicalisées. Sans succès. Dès lors, pour le Ciss, il faut désormais encadrer l'installation des médecins – actuellement autorisés à visser leur plaque n'importe où sur le territoire – à l'instar d'autres professions de santé, comme les infirmiers et les pharmaciens.
Le collectif propose donc l'adoption de mesures contraignantes : demande d'autorisation administrative obligatoire en vue de toute installation, mise en place de mécanismes de désincitation à l'installation dans les zones trop fortement dotées en médecins, limitation des dépassements d'honoraires dans ces zones, augmentation de la rémunération forfaitaire des médecins qui acceptent de s'installer dans des déserts médicaux.

L'exercice libéral attire moins les jeunes médecins

"Nous cotisons tous à l'assurance maladie. En regard de cet effort financier, il est légitime de trouver le retour de cette cotisation : la possibilité d'accéder aux soins", énonce le Ciss, en appui aux résultats d'un sondage réalisé fin octobre, selon lequel 55% des Français plébiscitent des mesures d'encadrement de l'installation des médecins.

Pour sa part, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) est opposée à ces préconisations. "Ces contraintes retarderaient encore l'installation des jeunes médecins qui ne sont que 15% à s'installer en libéral" à l'issue de leur formation, indique-t-elle dans un communiqué. Elle plaide en faveur de mesures incitatives comme l'amélioration de la rémunération et de la couverture sociale des médecins libéraux. Aujourd'hui, la médecine salariée ou l'exercice mixte, combinant activité libérale et salariée, sont en effet préférés par une majorité de jeunes médecins.

Anne Baudeneau

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)