croix

Veuillez effectuer une recherche.

Veuillez effectuer une recherche.

Cancer : une série sur les innovations thérapeutiques et l’organisation des soins

De gauche à droite, Estelle Lecointe, présidente de l'association de patients Info Sarcomes, Dre Martine Rousseau, médecin généraliste à Argenteuil (Val-d'Oise), et Jérôme Sicard, pharmacien à Châlons-en-Champagne (Marne).

Alors que les nouveaux traitements du cancer font leur apparition au côté des thérapies "classiques", nous avons donné la parole à différents acteurs du système de santé touchés par cette évolution : patiente, médecin hospitalier, généraliste libérale et pharmacien d'officine. Dans cette série en quatre volets, chacun, de sa fenêtre, témoigne de la nécessaire adaptation du système de soins à ces traitements d'un genre nouveau.

La dynamique observée ces dernières années dans le traitement des cancers a des répercussions non négligeables sur l'organisation des soins. L'arrivée des chimiothérapies orales, notamment, éloigne le patient de l'hôpital. Pour la bonne cause, certes, mais avec une possible sensation d'abandon de la part des malades, déstabilisés par la soudaine responsabilité de la gestion d'un traitement qu'ils prennent désormais chez eux.

C'est le sentiment d'Estelle Lecointe, atteinte d'un cancer en 2004, qui invite dans ce contexte à "repenser la prise en charge des patients et la formation des professionnels de santé". Il faut parallèlement "sensibiliser" les malades aux enjeux d'une bonne observance de leur traitement, explique-t-elle. Les professionnels de santé doivent donc "réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour les accompagner efficacement et ne pas les laisser en proie au terrible sentiment qu'est la solitude thérapeutique", estime cette jeune patiente, qui préside aujourd'hui l'association de patients Info Sarcomes.

Cette "solitude" est également le lot des médecins généralistes. Les nouvelles thérapies du cancer ramènent vers leurs cabinets en ville des patients longtemps soignés à l'hôpital, alors seul capable de prendre en charge des pathologies aussi lourdes.

Face à ces nouveaux traitements, ces professionnels de santé se trouvent, eux aussi, déroutés et en quête de formation. Généraliste à Argenteuil (Val-d'Oise), la Dre Martine Rousseau plaide notamment pour un meilleur partage de l'information, par exemple à partir de comptes rendus de spécialistes plus lisibles. "J'ai connu un spécialiste qui m'a appris l'urologie par ses comptes rendus ! Clairs, pédagogiques, utiles", assure-t-elle, certaine que "ce qui peut faire évoluer les choses, c'est la bonne volonté que chacun veut bien mettre" autour du patient.

Autre professionnel concerné par les nouveaux traitements : le pharmacien d'officine. Lui aussi doit s'informer dans un délai souvent court sur les modalités d'administration et les possibles effets indésirables d'une prescription établie à l'hôpital. Pour ce faire, Jérôme Sicard, pharmacien à Châlons-en-Champagne (Marne), "croit à l'efficacité de l'interdisciplinarité pour améliorer la prise en charge globale. C'est notre rôle de sortir des murs de la pharmacie pour rencontrer d'autres professionnels. C'est aussi notre rôle, quand on se trouve face à un problème, d'appeler le spécialiste ou l'infirmière de coordination pour clarifier une situation bloquée".

D'une manière générale, c'est dans la communication entre les différents professionnels en charge du malade que se trouve la clé d'une meilleure prise en charge. Directeur général du centre de lutte contre le cancer Léon Bérard de Lyon, le Pr Jean-Yves Blay a déjà noté dans son quotidien un "changement radical d'interaction avec la ville". Dans cet esprit, cet oncologue préconise de "modifier les modalités de communication, les simplifier, aller au plus direct". Le courrier du spécialiste au généraliste n'a plus de sens, assure-t-il : "Les médecins généralistes devraient avoir un accès simple au dossier du patient."

Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)