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Cancer du sein : les partisans du dépistage montent au créneau

Le dépistage organisé du cancer du sein comporte-t-il plus de risques que de bénéfices pour les femmes ? Une série d'articles médicaux a récemment remis en question l'intérêt de ce programme de prévention. Réponse conjointe de l'Institut national du cancer (Inca) et de l'Institut national de veille sanitaire (InVS) : ces deux organismes publics publient une étude qui confirme le bien-fondé du dépistage systématique, sans en occulter les limites.

Le dépistage organisé du cancer du sein sauve des vies : tel est le principal enseignement d'une étude publiée fin octobre par l'Institut national du cancer (Inca) et l'Institut national de veille sanitaire (InVS). Ces deux organismes publics développent un argumentaire scientifique en réponse aux articles récemment publiés dans la presse médicale, visant à remettre en question l'intérêt du dépistage du cancer du sein.

Une mammographie gratuite est aujourd'hui proposée tous les deux ans aux femmes âgées de 50 à 74 ans. Ce programme de prévention, dite secondaire, est généralisé à toute la France depuis 2004. Mais en 2005, seulement 45% de la population concernée a bénéficié d'un dépistage.

Ce taux inquiète la Fédération nationale des comités féminins pour le dépistage des cancers du sein : pour faire diminuer significativement la mortalité – 12.000 décès par an – il faudrait que 70% au moins des femmes concernées se fassent suivre régulièrement. D'où la nécessité de ne pas discréditer à tort la campagne de dépistage auprès de l'opinion.

L'analyse critique des essais scientifiques est un exercice difficile

De ce point de vue, l'étude de l'Inca et l'InVS démontre que, en l'état actuel de la science, la balance entre les bénéfices et les risques penche clairement en faveur du dépistage organisé.

Pour mémoire, la controverse scientifique porte essentiellement sur deux aspects : d'une part, la réduction de la mortalité par cancer du sein à mettre au bénéfice du dépistage et, d'autre part, l'excès de diagnostics et de traitements qui font suite au dépistage.

Les auteurs de l'étude rappellent tout d'abord qu'en matière de dépistage, il est "essentiel de considérer l'ensemble des expériences et des programmes internationaux dans leur globalité". En clair, face à des données mondiales très volumineuses montrant les bénéfices du dépistage, une seule analyse critique – même bien conduite – n'est pas suffisante.

L'Inca et de l'InVS s'appuient sur les données mondiales du Centre international de recherche sur le cancer (Circ) qui concluent, unanimement, à l'efficacité du dépistage systématique par mammographie pour réduire la mortalité par cancer du sein. Chez les femmes de 50 à 69 ans ayant choisi de participer aux campagnes de dépistage, cette réduction de la mortalité est estimée à 35%.

On ne sait pas distinguer les cancers qui évoluent de ceux qui n'évoluent pas 
La controverse scientifique dénonce également l'excès de diagnostics induits par le dépistage systématique. Ainsi, certains cancers sont aujourd'hui détectés et traités alors qu'ils n'auraient peut-être pas évolués. Ce "surdiagnostic" soulève la question de l'utilité de traitements traumatisants comme la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie.

Pour l'Inca et l'Invs, cet excès de diagnostics est réel, mais "dans l'état actuel des connaissances, on ne sait pas distinguer les cancers qui évolueront de ceux qui n'évolueront pas". Dans le doute, les lésions malignes dépistées sont donc toutes prises en charge. Doit-on s'en plaindre ? Qui serait prêt à jouer sa vie à la roulette russe ? Pour les scientifiques, l'enjeu consiste donc essentiellement "à progresser dans la connaissance du potentiel d'évolution des différentes tumeurs afin d'adapter la prise en charge et les traitements".

La détection précoce des tumeurs sauve des vies

Enfin, dernier point polémique : le risque de cancers provoqués par l'irradiation reçue au cours des mammographies. Pour l'Inca et l'Invs, ce risque est "très faible" et "négligeable". En outre, "les nouvelles technologies font appel à des doses de radiation de plus en plus faibles". Selon les données du Circ, "les cancers radio-induits représentent 1 à 5 décès pour 100.000 femmes réalisant une mammographie tous les deux ans à partir de 50 ans".

Ces chiffres sont bien évidemment à mettre en rapport avec le nombre potentiel de vies sauvées grâce au dépistage. Compte tenu de la mortalité par cancer du sein, cela représente plus de 50 vies sauvées pour un décès radio-induit. En conclusion, le dépistage précoce des tumeurs apparaît aujourd'hui comme un moyen essentiel de lutte contre le cancer du sein.