Briser le tabou de l’illettrisme

Le collectif "Agir ensemble contre l’illettrisme", auquel appartiennent la Mutualité Française et Générations mutualistes, a obtenu en mars le label Grande cause nationale pour l’année 2013. Ces deux derniers acteurs organiseront une conférence à l’automne sur ce thème.

Ils cachent soigneusement leur difficulté. Ceux qui ont appris à lire, mais ne savent plus comprendre un texte, se sentent humiliés. Les autres n’imaginent pas que ce phénomène existe, en France, en 2013. L’illettrisme touche pourtant 7 % des adultes, soit 2,5 millions de personnes ! Elles sont allées à l’école mais ne savent pas lire, écrire, ou compter ou, plus concrètement, comprendre une notice de médicament, une consigne de travail, lire un plan ou faire un calcul élémentaire, explique l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI).

La Mutualité Française et Générations mutualistes ont rejoint le collectif "Agir ensemble contre l’illettrisme" de l’ANLCI pour obtenir le label Grande cause nationale pour 2013. C’est chose faite depuis le début du mois de mars. Tout au long de cette année, des actions viseront à faire connaître ce phénomène et briser le tabou qui l’entoure. Des campagnes d’information à la télévision, à la radio, dans la presse et sur Internet seront diffusées à partir de juin. De mai à juillet, des assises régionales de l’illettrisme seront organisées.

Enfin, des manifestations et une rencontre nationale et européenne, du 13 au 15 novembre, ponctueront cette année. Objectif : "Informer de l’existence de ce phénomène, changer le regard sur les personnes confrontées à l’illettrisme et, enfin, faire savoir qu’il est possible de réapprendre tout au long de la vie", explique l’ALNCI.

Repérer et agir

Au regard du nombre important d’adultes concernés, il est probable que des patients en situation d’illettrisme se trouvent parmi les adhérents des mutuelles, les salariés, le personnel des services de soins et d’accompagnement mutualistes (Ssam) ou encore les patients qui fréquentent ces établissements ou services. C’est pourquoi la Mutualité Française et Générations mutualistes ont signé en juin 2012 une convention avec l’ANLCI. Elle a pour objectif d’"accompagner les publics en situation d’illettrisme dans leur accès aux soins, à l’information et à la formation, par l’organisation et la coordination d’actions menées conjointement", indique ce texte.

A l’automne, une Journée nationale sur l’illettrisme sera organisée par la Mutualité Française et Générations mutualistes.

"J’ai oublié mes lunettes"

Les personnes illettrées sont difficiles à repérer. Confrontées à la lecture ou à l’écriture, elles objectent qu’elles ont oublié leur lunette, ou bien qu’elles regarderont le document chez elle. "Elles ont des stratégies de contournement", explique Laetitia Lagarde, en charge du dossier illettrisme au sein de Générations mutualistes.

Un responsable d’un établissement a pu identifier cette difficulté chez l’un des membres de son équipe. Chargé des livraisons, il apprenait le soir, par cœur, l’itinéraire de sa journée du lendemain avec l’aide de son épouse. Cette stratégie de compensation a été mise en échec suite à l’hospitalisation de sa femme. Autre situation révélatrice : un professionnel très à l’aise dans sa fonction peut être mis en difficulté lors de la mise en place de procédures écrites, "pour rédiger des comptes rendus ou appliquer de nouvelles consignes de sécurité", détaille Laetitia Lagarde.

"Des salariés de tous âges peuvent être concernés. Il faut les accompagner", poursuit-elle. Cet accompagnement permet de fidéliser les salariés dans les établissements, mais aussi de les faire évoluer, car ce sont des secteurs psychologiquement et physiquement éprouvants.