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Antibiotiques : toujours plus de bactéries résistantes

Les antibiotiques perdent chaque jour du terrain dans la lutte contre les bactéries. Ces agents infectieux sont de plus en plus nombreux à développer une résistance. A l'origine de ce problème : la mutation spontanée des bactéries et le transfert d'informations génétiques entre espèces pour assurer leur survie. Explications.

Lèpre, syphilis, pneumonie : que serait le monde sans antibiotiques ? L'efficacité de ces médicaments, qui ont su enrayer des infections bactériennes graves pendant près d'un siècle, est en danger. De plus en plus de bactéries deviennent insensibles à leur action. Ce phénomène, appelé "résistance bactérienne", n’est pas nouveau. Il résulte, pour une faible part, d'une mutation spontanée qui fait émerger des souches résistantes. Mais il s'explique surtout par des transferts d'informations génétiques entre les bactéries pour se défendre contre les antibiotiques.

"Si la découverte de nouveaux antibiotiques a permis pendant longtemps d’apporter des réponses au coup par coup à cette capacité infinie d’adaptation des bactéries, ce n’est plus le cas désormais, explique le Pr Patrice Courvalin, responsable du Centre national de référence de la résistance aux antibiotiques à l'Institut Pasteur de Paris. Les grands laboratoires pharmaceutiques préfèrent se concentrer aujourd'hui sur la recherche de médicaments plus rentables plutôt que de trouver de nouveaux antibiotiques."

La revanche des bactéries

Le phénomène de résistance des bactéries se développe à toute allure. Grâce à leur matériel génétique, elles sont capables d'échanger entre elles des informations pour se défendre contre les antibiotiques. Des petites molécules d’ADN peuvent sortir d’une bactérie pour pénétrer dans une autre. Ce transfert génétique peut s'effectuer entre des souches ou des espèces de bactéries différentes. Une fois intégrée dans la bactérie hôte, cette molécule d’ADN lui transfère sa capacité à mettre en place des systèmes de défense extrêmement variés pour lutter contre l’antibiotique.

Pour être efficace, le médicament doit remplir plusieurs conditions. Il doit pénétrer dans la bactérie sans y être détruit ou modifié, puis se fixer sur une cible. Grâce à ses nouveaux gènes apportés par la molécule d’ADN, la bactérie développe, de son côté, de nouvelles capacités. Elle peut, par exemple, modifier la membrane bactérienne pour la rendre imperméable à l’antibiotique. Elle peut également inactiver le médicament en modifiant sa structure ou en le détruisant. Elle est capable d’empêcher l'antibiotique de se fixer sur sa cible ou de mettre en place un système qui l'expulse hors de la bactérie.

Une prise de conscience en marche

Plus la consommation d'antibiotiques est élevée, plus la résistance bactérienne augmente. La liste des bactéries insensibles à ces médicaments ne cesse de s’allonger, à l'hôpital comme en médecine de ville. Certaines souches, comme le staphylocoque méthicilline résistant, ne sont plus sensibles qu’à un seul antibiotique dans le monde hospitalier. Mais jusqu'à quand ? La médecine de ville est aussi au banc des accusés, car elle représente à elle seule 80% des prescriptions d'antibiotiques.

"Les plans mis en place par les pouvoirs publics pour lutter contre ces résistances ont permis de ralentir cette course, souligne le Pr Courvalin. Ils s'appuient sur des mesures d’hygiène instaurées dans les hôpitaux et sur une campagne d’information à destination du grand public et des médecins. Mais c’est une amélioration qui reste transitoire, la mobilisation doit continuer."

"Je reçois de moins en moins de parents qui essaient de faire pression pour obtenir des antibiotiques pour leur enfant contre les maladies courantes de l’hiver, se réjouit Dominique Reboud, pédiatre en région parisienne. Ils ont compris que ces médicaments servent à lutter contre les bactéries et n’ont aucune efficacité contre les virus." Gardons bien en mémoire que "les antibiotiques, c'est pas automatique" !

Emmanuelle Billon-Bernheim

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)