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Améliorer l’efficience du système de santé : il y a urgence

Un hors-série du magazine "Alternatives économiques" intitulé "Santé, l’état d’urgence" vient d’être publié en partenariat avec la Mutualité Française. Contributions et témoignages d’experts font émerger des pistes d’avenir pour sauver notre système de santé: meilleure organisation et coordination des soins, refonte du secteur libéral, régulation du médicament…

"Entre déserts médicaux, crise des vocations, dépassements d’honoraires et hôpitaux à la peine, notre système de soins n’arrive plus à répondre aux besoins de l’ensemble de la population." Ce constat est tiré du hors-série de février publié par le magazine Alternatives économiques, en partenariat avec la Mutualité Française.

Intitulé Santé, l’état d’urgence, ce numéro agrémenté de nombreux graphiques, de contributions et de témoignages d’experts (médecins, sociologues, économistes…) dresse des pistes d’avenir pour sauver notre système de santé. Objectif : ouvrir le débat public pour faire reculer les renoncements aux soins, les inégalités de santé et lutter contre le déséquilibre financier de la "Sécu" qui met davantage à contribution les ménages.

"Pour limiter l’augmentation des dépenses, les gouvernements successifs ont multiplié les barrières à l’accès aux soins", estime David Belliard, journaliste d’Alternatives économiques, dans l’édito. "Sans surprise, cette politique de responsabilisation des usagers s’est soldée par un échec : les dépenses tout comme les inégalités ont continué de croître", ajoute-t-il.

"La France est un des pays où les inégalités d’accès aux soins sont les plus fortes, c’est particulièrement vrai pour les soins préventifs et de spécialistes, déplore également Florence Jusot, économiste de la santé. Cette situation est inquiétante car les renoncements aux soins sont un facteur de dégradation générale de l’état de santé."

"Des politiques ambitieuses"

Pour cette professeure à l’université de Rouen, une telle situation n’est "pourtant pas une fatalité". Les inégalités sociales sont, en effet, plus faibles dans des pays comme "le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, où les dépenses publiques sont importantes et la part des soins laissée à la charge des patients faible". C’est également le cas lorsque "les médecins ne sont pas rémunérés à l’acte et que les généralistes ont un rôle exclusif d’orientation dans le système de soins".

"Au tour de la France maintenant de mettre en place des politiques ambitieuses, avec certainement pour première étape incontournable, la généralisation de l’accès à une complémentaire santé de qualité pour l’ensemble de la population. C’est-à-dire pour les actifs en emploi, les chômeurs, les retraités et les inactifs", lance Florence Jusot.

Un avis partagé par le président de la Mutualité Française. Favorable au principe de la généralisation de la complémentaire santé, il regrette que le dispositif retenu par les pouvoirs publics se concentre uniquement sur "400.000 personnes, alors que 2,5 millions de personnes n’ont pas de mutuelle, en particulier les jeunes en situation précaire, les chômeurs de longue durée et les retraités, ce qui laisse par exemple la solidarité intergénérationnelle sans réponse".

Or, poursuit Etienne Caniard, "l’organisation de la prise en charge s’avère peu efficace pour les patients et… très onéreuse", avec un écart croissant entre les bases de remboursement et les honoraires réellement pratiqués. Une refonte du secteur libéral est nécessaire sur la base d’actes de qualité, pertinents, et d’un encadrement des tarifs. "Nous sommes le seul pays où cohabitent financement collectif et liberté tarifaire, ce qui est en réalité une “anarchie tarifaire” !", fustige le président de la Mutualité Française.

Désengagement de la Sécurité sociale

En outre, la Sécurité sociale ne rembourse les soins courants qu’à hauteur de 55% alors qu’ils concernent "70 à 80% de la population au cours d’une année", indique Didier Tabuteau, responsable de la chaire Santé de Sciences Po Paris. "Nous assistons à une métamorphose silencieuse du système de santé, marquée par la baisse continue, pour ces soins, des remboursements de l’assurance maladie, prise en charge par les complémentaires privées. Cette évolution ne fait l’objet d’aucun débat public", estime-t-il tout en soulignant le rôle d’"acteur central" de la Sécurité sociale.

"Ce n’est pas à cause de l’existence des complémentaires, au premier rang desquelles la Mutualité, que la Sécurité sociale se désengage, mais c’est bien parce qu’elle se désengage que les mutuelles doivent intervenir pour lutter contre le renoncement aux soins", rétorque Etienne Caniard, qui désapprouve également le désengagement de l’assurance maladie.

Cependant, le renforcement de la Sécurité sociale lui semble "irréaliste" tant les besoins de financements sont importants, ce qu’a d’ailleurs démontré le Haut Conseil du financement de la protection sociale. Au-delà de l’aspect financier, subsiste un enjeu "d’abord organisationnel" reposant sur l’efficience et la solidarité, soutient Etienne Caniard.

Relever le défi des génériques

Le médicament fait l’objet d’un chapitre du hors-série Santé, l’état d’urgence publié par Alternatives économiques, en partenariat avec la Mutualité Française. Sans détours, la revue met en avant la "manne" que représente ce secteur pour les laboratoires pharmaceutiques, avec "34 milliards d’euros de ventes en 2012". En 2013, on estime que chaque Français a consommé en moyenne "48 boîtes", soit une surconsommation de 40%, estime l’Inspection générale des Affaires sociales (Igas).
Face à ces dépenses, la société doit relever le "défi des génériques", témoigne Laure Lechertier, responsable du département politique des produits de santé à la Mutualité Française. Ces médicaments se retrouvent toujours "à la traîne" alors qu’ils constituent "une source d’économies pour le système de santé et pour les usagers", explique-t-elle. "En 2012, la délivrance de génériques a permis d’éviter 2 milliards d’euros de dépenses", poursuit Laure Lechertier. Mais "960 millions d’euros de plus auraient pu être économisés si les substitutions possibles avaient été toutes effectuées". Et de conclure : "Le générique est […] une démarche citoyenne : le remettre en cause ou empêcher son développement, ce serait mettre en péril les systèmes d’assurance solidaire."

Pour en savoir plus  : Santé, l’état d’urgence. Alternatives économiques poche, en partenariat avec la Mutualité Française. 112 pages. 9,50 €. 

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)