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Alcool, tabac, drogues et autres addictions : les propositions du Cese 

Nombre de Français dépendants par addiction. Source : Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT). Rapport "Drogues et addictions : données essentielles 2013".

Les addictions provoquent 100.000 décès par an. C'est pour cette raison que le Conseil économique, social et environnemental (Cese) propose de renforcer la prévention et les soins. La lutte contre l'alcoolisme et le tabagisme reste une priorité dans l'Hexagone, selon cette institution. 

Dans un avis adopté le 24 juin, le Conseil économique, social et environnemental (Cese), qui représente la société civile et les partenaires sociaux, s’est autosaisi sur la question des addictions, lesquelles provoquent "100.000 décès par an", indique François Fondart, président de la section "Affaires sociales et santé" du Cese et président de l'Union nationale des associations familiales (Unaf).

Pour le Cese, la lutte contre l’alcoolisme reste un objectif majeur. Avec 3,8 millions de consommateurs à risque, la France reste en 8e position sur 33 pays européens. Un adulte sur 5 est consommateur régulier de boissons alcoolisées et un jeune sur 10 à l’âge de 17 ans.

Deux publics doivent être particulièrement protégés : les jeunes et les femmes enceintes. L’avis prévoit de rappeler l’interdiction totale de consommation pendant la grossesse en agrandissant le pictogramme placé sur les bouteilles et en y associant un message de prévention. Par ailleurs, les professionnels chargés du suivi de la grossesse sont invités à mieux repérer les femmes enceintes consommatrices et à les orienter vers une prise en charge pluridisciplinaire.

En outre, des études devront être conduites sur les effets des nouveaux produits à base d’alcool comme le pré-mix (mélange de jus de fruit et d’alcool) à destination des jeunes ou les vins aromatisés pour le public féminin.

. Tabac et alcool : contrôler des actions de lobbying des fabricants

Pour mieux protéger les jeunes, le Cese propose de renforcer le contrôle des stratégies marketing développées par les fabricants d’alcool et de cigarettes, et sur les actions de lobbying qu’elles développent, notamment en direction des parlementaires.

Il dénonce également le désengagement de l’Etat et des collectivités territoriales en matière de prévention : les associations impliquées dans la lutte contre les addictions et l’accompagnement des personnes peinent à trouver des fonds. Les crédits versés par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) sont passés de 16,5 millions d’euros par an entre 2007 et 2011 à 9,8 millions en 2013.

Dans un autre registre, la prévention doit être développée de la maternelle à la faculté avec "un effort particulier sur l’année de 4e où se développent les pratiques d’addiction", explique Gisèle Ballaloud, rapporteure de l’avis et personnalité qualifiée de la section "Affaires sociales".

Enfin, le Cese propose d’instituer une ou deux consultations dédiées à la prévention pour les jeunes de 16 ans au moment de la remise de la carte Vitale.

. Cannabis : débattre des solutions

Face au cannabis, le Cese constate l’échec de la politique pénale mais ne propose pas de solution. "Nous invitons à ouvrir le débat. Il est important car les jeunes Français sont les plus gros consommateurs d’Europe", commente François Fondart.

Nous invitons à ouvrir le débat. Il est important car les jeunes Français sont les plus gros consommateurs d’Europe.

"Nous n’avons pas pu nous mettre d’accord sur les solutions. Certains ont considéré qu’il fallait créer un nouveau dispositif de contraventions pour les consommateurs, d’autres préféraient dépénaliser", ajoute-t-il.

. Lieux de travail : nouveaux territoires de prévention

L’avis propose de faire des lieux de travail "de nouveau territoires de prévention". Il constate que 16,4 % des actifs occupés (18,9 % des hommes et 10,3 % des femmes) déclarent consommer de l’alcool sur les lieux de travail (hors repas et pots).

"Les complémentaires santé dans le cadre de contrats de groupe et de l’accord national interprofessionnel (Ani) pourraient conduire des actions de prévention avec les autres acteurs présents dans l’entreprise et la médecine du travail", considère le Cese.

En matière de soins, il invite à changer la perception : "Les personnes victimes d’addictions sont bien des malades qui ont besoin de soins et ne doivent pas être culpabilisées", explique Giselle Ballaloud. Face à cette situation, le Cese déplore le manque de moyens financiers pour les centres de soins, invite à améliorer la coordination des acteurs et rappelle que le sevrage absolu n’est plus un objectif.  "Les rechutes ne sont plus considérées comme des échecs mais font désormais partie du processus de guérison", conclut Giselle Ballalourd.

Consulter l’avis du Cese, adopté le 24 juin

Addiction des jeunes : priorité à la réduction des risques

Trois questions au Dr Gérard Shadili, en charge l'addictologie adolescente au service du Pr Corcos à l’Institut mutualiste Montsouris (Paris) et médecin coordonateur de la consultation jeunes consommateurs du centre Emergence Tolbiac.

Pourquoi les jeunes Français sont-ils particulièrement vulnérables aux addictions ?

Gérard Shadili – Les Français de moins de 15 ans sont effectivement parmi les plus gros consommateurs de tabac, de cannabis et d’alcool en Europe. Et la situation est tout aussi problématique de 15 à 18 ans. Mais l’alcool reste l’addiction la plus dangereuse pour leur santé. D’après une enquête HBSC, en classe de 6e, 59 % des élèves déclarent avoir déjà bu de l'alcool et 6 % ont expérimenté l’ivresse.
A 13 ans, en 4e, les choses se corsent : ils sont 72 % à avoir testé l’alcool et 13 % l’ivresse. A 15 ans, 84 % ont consommé de l’alcool, 9 % ont une consommation régulière (au moins dix fois au cours des trente derniers jours) et 41 % ont expérimenté l’ivresse. Et à 17 ans, 12 % sont des buveurs réguliers, 57% ont expérimenté l’ivresse et 10 % ont une ivresse régulière (au moins dix fois au cours des douze derniers mois).

Que faire pour inverser la tendance ? L’avis du Cese propose de renforcer la prévention de la maternelle à la faculté. Qu’en pensez-vous ?

Gérard Shadili – C’est une bonne piste. Mais l’objectif de la prévention et des soins ne devra pas être de prôner l’abstinence totale mais la gestion ou la réduction des risques. Sinon le message est voué à l’échec.
Souvenez-vous de la campagne grand public "La drogue ne passera pas par moi" dont l’acteur principal était lui-même mort d’une overdose. L’objectif "zéro addiction" est intenable. La pénalisation de la consommation de cannabis ne semble pas avoir plus de succès et échoue à faire baisser la consommation : les jeunes Français sont toujours parmi les plus gros consommateurs européens.

Alors, comment agir ?

Gérard Shadili – La politique de prévention qui fonctionne le mieux est celle qui vise la réduction des risques. L’idée est d’aider les jeunes à contrôler leur consommation pour les protéger des excès et des risques les plus graves pour leur santé. Mais au moment même où l’on parle intensément de prévention dans les établissements scolaires, nous voyons diminuer les moyens qui lui sont consacrés. Les crédits attribués par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les addictions (Mildeca) aux acteurs chargés de la prévention sont en passe d’être diminués de 20 à 30% selon les centres.
Et pourtant cette prévention en milieu scolaire est efficace. Particulièrement en CE1 et CE2 à l’âge où les enfants sont très réceptifs aux messages de prévention. Mais aussi en classe de 4e, à l’âge dit "dangereux" où l’on commence le plus souvent à accélérer sa consommation et qui semble être un tournant de l’adolescence.
J’ajoute qu’il n’est pas stupide de vouloir faire de la prévention dès la maternelle en utilisant des pictogrammes. Car dès l’âge de 2 et 3 ans, les enfants comprennent ce que sont les boissons alcoolisées. Ils savent qu’elles sont réservées aux adultes, qu’elles procurent une détente et même de l’ivresse et que le message renvoyé est celui d’un plaisir. Une équipe suisse l’a bien démontré et en Australie, des études ont constaté que ces interventions dès le plus jeune âge étaient efficaces.

Propos recueillis par Caroline Fornelies

Caroline Fornelies

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)