Renouveler ses lunettes de vue en toute sécurité

Les personnes de plus de 16 ans atteintes de troubles de la vue peuvent se rendre directement chez leur opticien afin de renouveler leurs lunettes de vue. A condition, toutefois, de disposer d'une ordonnance de moins de trois ans. Ce dispositif, en place depuis 2007, vient d'être assorti de recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) afin de le rendre plus sûr.

Vous avez égaré ou cassé vos lunettes ? Vos verres ne sont plus à votre vue ? Votre opticien peut, sous certaines conditions, vous délivrer une nouvelle paire de lunettes et corriger vos verres, en cas de besoin. Ce professionnel de santé pratique depuis 2007 les examens de la vue dans son magasin.

Mais attention : il faut être en possession d'une ordonnance de votre ophtalmologiste de moins de trois ans pour en faire la demande. Il est également nécessaire d'avoir plus de 16 ans et d'être atteint de myopie, d'astigmatisme, d'hypermétropie ou de presbytie. Enfin, ce dispositif ne concerne pas le renouvellement des lentilles..

Cette mesure vise à faire face aux délais d'attente de plus en plus longs dans les cabinets d'ophtalmologistes : quatre à six mois en Rhône-Alpes, douze mois dans le Nord. Son principal risque : que le patient ignore trop longtemps une maladie de l'œil silencieuse comme un glaucome, dont souffrent 1,3 million de personnes en France.

C'est pour cette raison que la Haute Autorité de santé (HAS) formule aujourd'hui plusieurs recommandations à destination des opticiens et médecins afin de renforcer ce dispositif. Elles ont été élaborées avec la participation du réseau Les opticiens mutualistes.

Le médecin peut s'opposer en cas de diabète ou de glaucome
Que recommande en particulier la HAS ? Avant de vous délivrer de nouvelles lunettes, votre opticien doit vous orienter vers un ophtalmologiste "en cas de baisse importante de la réfraction ou de baisse de la meilleure acuité visuelle corrigée". Autrement dit, si votre vue continue à baisser même avec vos lunettes.

Quant au médecin, il peut s'opposer au renouvellement par l'opticien si vous souffrez d'une forte myopie, d'un glaucome ou encore de cataracte. Un diabète, une spondylarthrite ankylosante, une hypertension artérielle mal contrôlée mais également la prise de médicaments sur une longue période (des corticoïdes, par exemple) justifient aussi l'opposition de l'ophtalmologiste qui le mentionne alors sur votre ordonnance.

L'opticien n'établit aucun diagnostic médical
Dans tous les cas, "un contrôle de la vue par l'opticien ne remplace pas la visite médicale effectuée par l'ophtalmologiste", insiste la Dre Valérie Lindecker, chef de projet à la HAS.

Pour cause, "les opticiens, de par leurs qualifications et leurs appareillages, ne peuvent procéder à un dépistage pathologique", explique Valérie Vernerey, directrice-adjointe des Opticiens mutualistes au Mans. Par exemple, les opticiens ne peuvent diagnostiquer de glaucome qui se dépiste à l'aide d'un tonomètre, un appareil pour mesurer la pression à l'intérieur de l'œil. "Nous n'avons pas le droit de toucher l'oeil du client", précise bien Valérie Vernerey.

Consulter tous les deux ans après 60 ans
"Il est nécessaire de continuer à se faire suivre par un ophtalmologiste", conseille par conséquent vivement le Dr Thierry Bour, secrétaire de l'Académie française d'ophtalmologie. En pratique et en général, tous les cinq ans entre 20 et 45 ans, tous les trois ans après 45 ans et tous les deux ans après 60 ans.

Pour l'heure, le dispositif de 2007 n'a pas vraiment permis de désengorger les cabinets d'ophtalmologie. "Il a sans doute évité que les délais n'augmentent", constate seulement le Dr Thierry Bour.

Sandra Jégu