Prescriptions non médicamenteuses : changer son mode de vie sur ordonnance

Modifier son hygiène alimentaire, pratiquer un sport, engager une thérapie : ces conseils pourraient figurer sur l’ordonnance, au même titre que les médicaments. C’est l’une des propositions lancées par la Haute Autorité de santé (HAS) dans un rapport destiné à "changer de regard" sur les thérapeutiques non médicamenteuses.

Suivre un régime, reprendre une activité physique, consulter un psychologue ou un ergothérapeute : autant d’initiatives qui aident à garder ou à retrouver la santé. Or, en France, "elles trouvent difficilement leur place dans la prise en charge médicale, alors qu’elles sont complémentaires aux traitements", déplore la Haute Autorité de santé (HAS). Pour déterminer ce qui pourrait faire "changer de regard" sur les thérapeutiques non médicamenteuses (TNM), cette institution a publié un rapport sur les conditions de leur mise en œuvre.

Les TNM correspondent à des règles de diététique et d’hygiène de vie, à des thérapies psychologiques et à des traitements de rééducation physique. "Il s’agit de thérapeutiques nécessitant une participation active du patient, en interaction ou non avec un professionnel spécialisé", précise Clémence Thébaut, chef de projet à la HAS.

Détrôner le médicament
Sur ce point, le bât blesse au pays du "médicament-roi" : les Français sont toujours les premiers consommateurs européens. "Sortir d’une prise en charge essentiellement centrée sur le médicament constitue un enjeu de santé publique", confirme la HAS. Elle en souligne les freins dans son rapport, et notamment la valeur symbolique du "produit-miracle".

"Prescrire un médicament, c’est reconnaître le bien-fondé de la plainte du patient et faciliter son chemin vers la guérison", écrit la HAS. C’est aussi choisir la solution la plus simple et la plus rapide, qui ne nécessite pas un investissement personnel ou financier particuliers.

Cette symbolique est si bien ancrée dans les mentalités qu’un patient attend toujours de son médecin une prescription de médicaments. "Faute de quoi, il a le sentiment de ne pas avoir été pris au sérieux", explique le Dr Pascal Clerc, médecin généraliste aux Mureaux (Yvelines). "Et pour le médecin, ne rien prescrire est parfois vécu comme un aveu d’impuissance." Sans compter qu’il faut "pouvoir prendre le temps d’expliquer ce choix au patient avant qu’il le comprenne et l’accepte".

L’ordonnance comme feuille de route
Le Dr Clerc insiste sur l’importance du rôle des pouvoirs publics dans le changement des mentalités. "La campagne gouvernementale des années 1990 ‘Les antibiotiques, ce n’est pas automatique’ a révolutionné la vision qu’en avait le grand public. Il faudrait le même investissement de l’Etat pour que les thérapies non médicamenteuses soient acceptées."

Actuellement, les TNM ne sont recommandées qu’en traitement de fond de maladies chroniques, et de façon informelle. Loin de conseiller aux médecins de remplacer les médicaments par des comportements, la HAS propose de faire figurer ces traitements sur l’ordonnance, au même titre que les médicaments.

Cette idée, le Dr Clerc la met en pratique autant que possible depuis plusieurs années. Une ordonnance – du latin ordinare signifiant mettre en ordre –, "ne devrait pas se réduire à la mention des médicaments mais être utilisée comme une base des recommandations à suivre pour prendre soin de sa santé", insiste-t-il. Toutefois, pour que ces conseils puissent être suivis, donc efficaces, il faut les détailler précisément : "Si je veux, par exemple, qu’une personne en surpoids bouge davantage, je lui prescris de marcher rapidement trente minutes tous les matins."

Une feuille de route, en somme, réunissant les recommandations médicamenteuses et non médicamenteuses pour un meilleur suivi. Avec succès : "Généralement, mes patients y adhèrent car l’ensemble de la prescription est cohérent avec le contenu de la consultation", précise le Dr Clerc. "Du reste, je leur explique toujours que je ne fais que les accompagner : les responsables de leur santé, ce sont eux !"

Alexandra Capuano