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Moelle osseuse : recherche donneurs de toutes origines

La 6e campagne en faveur du don de moelle osseuse qui se tient du 7 au 12 mars cherche à mobiliser davantage de donneurs. Elle s'adresse à tous, notamment aux minorités maghrébine ou africaine, aujourd'hui sous-représentées sur le registre national.

Le registre France greffe de moelle manque de donneurs. Faiblesse supplémentaire, "la majorité du fichier est nettement indo-européen", reconnaît la directrice du registre à l'Agence de la biomédecine, la Dre Evelyne Marry.

La 6e campagne de sensibilisation au don de moelle osseuse incite tous les Français, quelle que soit leur origine, à s’inscrire comme volontaires. Elle compte toucher en particulier les minorités maghrébine, africaine, antillaise et réunionnaise. L’enjeu : un fichier enrichi et élargi multiplie les chances de trouver un donneur compatible pour un malade atteint d’une pathologie grave du sang, quel que soit son profil génétique.

La compatibilité : un système complexe
Pour être compatibles, deux personnes doivent présenter la même carte d'identité biologique : le système HLA pour "antigènes d'histocompatibilité humains". Il s'agit de marqueurs à la surface des cellules qui participent du système immunitaire.

La population mondiale se divise en grands groupes : indo-européen, africain et asiatique principalement. "Quelqu'un qui a une origine indo-européenne ne peut malheureusement pas donner à un patient d'origine africaine, par exemple car leurs cartes d'identité génétiques sont complètement différentes", explique la Dre Marry.

14,5 millions d’inscrits dans le monde
Un patient a une chance sur quatre d'être compatible avec un frère ou une sœur. S'il ne trouve pas de donneur au sein de sa fratrie, le malade a cette fois une chance sur 1 million d'être compatible avec un individu pris au hasard.

Certes, la générosité s’organise entre pays. Il existe dans le monde 14,5 millions d'inscrits sur 71 registres différents. Mais quelles chances de guérison pour les populations absentes de ces fichiers internationaux ? "Le continent africain n'est quasiment pas représenté", déplore la Dre Marry. Un seul fichier en Afrique du Sud et un très récent au Ghana.

Un typage HLA rare
En France, des associations militent pour une plus grande diversité sur les fichiers : Man du nom d'une fillette née à Ivry-sur-Seine, Marie-Ashley Ngoa, décédée à 7 ans, Moelle osseuse sans frontières, Ninon soleil…

Ninon soleil a été créée pour venir en aide à la fille de Véronique et Olivier Esquirol, installés près de Grenoble. La petite Ninon est décédée le 15 janvier 2004. Elle avait un typage HLA rare et peu de chances de trouver un donneur. A l'hôpital, Véronique se souvient avoir rencontré des enfants d'origine étrangère qui eux aussi ne trouvaient pas de donneur.

Peu d’inscrits issus de l’immigration
Quant à Moelle ticolore, elle a vu le jour en 2003 en Bretagne pour soutenir Margaux, 15 ans à l'époque. "Les hasards de la génétique ont fait qu'elle avait un groupage HLA très rare, paradoxalement plus fréquent dans la population noire", indique son médecin traitant, le Dr Pascal Anet, président de Moelle ticolore.

Un double et triste constat s'est vite imposé à l'association : peu d'inscrits sur le fichier français et encore moins de personnes issues de l'immigration. Malheureusement, aucun donneur en France ni à l'étranger n'a pu sauver l'adolescente.

"Les gens acceptent de s'inscrire"
L'Association médicale Avicenne de France (Amaf) présidée par le Dr Mahjoub Abdeddaim multiplie justement les actions de sensibilisation auprès des populations d'origine maghrébine en région. "Un jour, un de vos enfants peut avoir une leucémie. Or vous êtes mal représentés sur les fichiers, leur explique-t-il." Le message passe bien. "Les gens acceptent de s'inscrire", se réjouit le Dr Abdeddaim.

Depuis l'Isère, Véronique et Olivier Esquirol se prennent à rêver d'une mobilisation massive à l'occasion de la 6e campagne nationale. Une mobilisation aussi exemplaire qu'à Bilieu, le village où a grandi Ninon. Sur un millier d'habitants, ils sont déjà six à avoir donné leur moelle osseuse à un anonyme qui vit peut-être à des centaines de kilomètres de chez eux.

Sandra Jégu