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Mediator® : ne paniquez pas, mais consultez votre médecin traitant

Après son récent retrait par les autorités sanitaires françaises, le Mediator®, antidiabétique coupe-faim, suscite des inquiétudes chez les patients qui en ont pris. La solution : consulter son médecin, qui indiquera la conduite à tenir.

Le Mediator® a fait la une des médias en fin d’année et suscite toujours la polémique. Parallèlement aux débats sur les responsabilités, de nombreuses personnes qui ont consommé ce médicament se posent des questions sur les effets potentiels de ce traitement sur leur santé.

Composés à base de benfluorex, le Mediator® et ses génériques Benfluorex Mylan® et Qualimed® ont été lancés respectivement en 1976 et 2000. L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a décidé, en 2009, de les retirer du marché français.

Le médicament, un anorexigène de la famille des fenfluramines, a été notamment commercialisé comme antidiabétique de 1976 à 2009 en France, mais également prescrit aux patients désireux de perdre du poids. C’était une prescription hors autorisation de mise sur le marché, qui aurait dû amener le médecin à inscrire en regard "NR" c’est-à-dire "non remboursé."

200.000 patients traités en 2009
Le nombre de patients traités par ce produit témoigne de son succès : lors de son retrait à la fin novembre 2009, environ 200.000 patients prenaient du benfluorex. On situe aujourd’hui entre 500 et 2.000 le nombre de décès imputables à ce médicament, mais plus largement on lui attribue des valvulopathies, pathologies des valves cardiaques rares mais invalidantes.

Le benfluorex souligne le Dr Raymond Gryman, chef du service de cardiologie de l’höpital André Grégoire à Montreuil (Seine-Saint-Denis) peut entraîner "une rigidification des valves cardiaques, qui ne se ferment plus complètement. Un phénomène de fuite valvulaire ou d'insuffisance valvulaire".

Conséquence, poursuit ce spécialiste : "Le ventricule gauche doit fournir un travail plus important pour continuer à assurer le même débit sanguin. Ce qui entraîne une dilatation et une fatigue ventriculaire." Si cette insuffisance valvulaire est minime, elle peut passer inaperçue et même régresser. En revanche, plus grave, elle peut être à l’origine d’une insuffisance cardiaque, avec l’apparition d’une difficulté à respirer et d’œdèmes, et plus rarement d’une hypertension artérielle pulmonaire…

Les signes d’alerte de cette atteinte des valves cardiaques "sont l’essoufflement à l’effort et l’installation d’une fatigue", indique le Dr Gryman. On ignore encore le mécanisme de cet effet indésirable dramatique, ainsi que la durée de prise du médicament au bout de laquelle il peut se produire. Il est à noter par ailleurs que "l’âge et le surpoids peuvent provoquer le même effet négatif sur le cœur. En fréquence, le rétrécissement des valves est la seconde pathologie après 65 ans", précise-t-il.

Atteinte possible des valves cardiaques
Chez les personnes traitées peut s’installer le sentiment de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Aussi l’Afssaps leur a-t-elle adressé un courrier les invitant à aller consulter leur médecin traitant. Le Dr Jean-Michel Cattin, généraliste en Seine-Saint-Denis, détaille : "Je procède à un interrogatoire et à une auscultation. Puis – pour aussi rassurer mes patients, car l’effet indésirable est rare – je les adresse à un cardiologue, qui pratiquera une échographie cardiaque."

L’effet sur les valves cardiaques n’est pas systématique. L’examen des statistiques de l'Afssaps indique que quelques milliers de personnes auraient souffert d'une lésion consécutive à la prise de Mediator®. Une atteinte de gravité variable : elle est bénigne dans la majorité des cas, mais parfois au contraire potentiellement gravissime. D’après une analyse américaine de 2002 sur les dérivés de la fenfluramine – de la même famille chimique que le benfluorex –, une personne sur huit ayant consommé un de ces médicaments présenterait une atteinte de ses valves cardiaques.

Il faut se souvenir que seules les personnes qui ont pris du Mediator® pendant plus de trois mois ont un risque plus élevé de valvulopathie. Et qu’après arrêt du traitement, les lésions valvulaires se stabilisent spontanément. Cela, bien sûr, n’exclut pas une surveillance. Le traitement est médical : régime sans sel, diurétiques ou autres médicaments, qui diminuent la pression intracardiaque. Pour des cas plus graves, un traitement chirurgical peut être envisagé.

Alain Noël